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Léon Blum et DSK sont deux hommes politiques français, socialistes et juifs, répertoriés tous deux, par leurs déclarations, comme des sionistes. Peut-on rapprocher l'un de l'autre sur le plan de la judéité?
Nous nous proposons d'évaluer leurs positions respectives par une analyse de leurs déclarations les plus souvent citées sur le sujet:
Léon Blum, hommage à Heinz Weizmann :
"Juif français, né en France d’une longue suite d’aïeux français, ne parlant que la langue de mon pays, nourri principalement de sa culture, m’étant refusé à le quitter à l’heure même où j’y courais le plus de dangers, je participe cependant à l’effort admirable miraculeusement transporté du plan du rêve au plan de la réalité historique, qui assure désormais une patrie digne, également libre à tous les Juifs qui n’ont pas eu comme moi la bonne fortune de la trouver dans leur pays natal".
On remarquera la longue insistance de Léon Blum à s'établir comme français, enraciné à la France, et à se féliciter de l'existence d'Israël comme un refuge pour ceux qui n'ont pu se fixer ailleurs (sous-entendu, qui ont été persécutés dans leur pays). Léon Blum prône un sionisme humanitaire, bien loin du retour nécessaire à la terre promise.
Dominique Strauss-Khan (Passages N° 35 - Février/Mars 1991) :
" Je considère que tout Juif de la diaspora, et donc c’est vrai en France, doit partout où il le peut apporter son aide à Israël. C’est pour ça d’ailleurs qu’il est important que les Juifs prennent des responsabilités politiques ".
Dans cette déclaration, certes ancienne, DSK n'établit pas de hiérarchie entre la France et Israël. Son attachement à Israël est au moins égal à son attachement français. Il appartient d'abord à la diaspora, c'est à dire qu'il est juif, sans doute avant d'être français.
La position de DSK est une position relativement répandue dans la communauté juive internationale. La position de Léon Blum tranche un peu, et pour bien la comprendre on doit faire un retour historique sur les israélites, dont Léon Blum est le pur produit.
Le mot « israélites » désigne de façon très précise les Juifs présents en France en 1808 et leurs descendants non convertis. Ils se distinguent des autres juifs, et notamment de ceux qui affluèrent en France ultérieurement, par l’acceptation du pacte napoléonien d’assimilation à la société française. Ce pacte, matérialisé par les décrets de 1808, dont un décret connu sous le nom de « décret infâme », qui en pose le caractère antisémite, instaure un contrôle de la communauté par les notables par le biais du Consistoire. Ce sont les notables qui garantissent l’assimilation de leurs coreligionnaires.
Bien que dans l’esprit de Napoléon, l’assimilation conduisait irrémédiablement à la disparition de la religion par l’obligation d’un tiers de mariages mixtes, la communauté adopta des règles différentes. Le maintien de la religion était de mise, mais une extrême discrétion dans toutes les manifestations extérieures. On devait faire oublier aux autres que l’on était juif, et montrer que l’on était surtout et avant tout français.
Les signes de repère extérieur disparurent chez les israélites, où l’on allait au temple plutôt qu’à la synagogue, où l’on portait le feutre plutôt que la kippa.
Ainsi l'ukase napoléonien se transforma en un pacte qui scella les règles de la Communauté.
La Communauté se montrera hostile aux juifs immigrés, particulièrement depuis leur arrivée massive en France avant la deuxième guerre mondiale, rompant avec la solidarité judaïque universelle. La communauté israélite restera fermée sur elle-même, protégeant son statut de "français à part entière", et craignant que la trop grande visibilité des juifs immigrés ne renforce l'antisémitisme.
Ce qui caractérisa la Communauté israélite c’est sa très grande réussite dans tous les domaines qu’ils soient industriels, financiers, artistiques ou politiques. En moins d’une centaine d’années elle accèdera aux plus hautes fonctions de la République. Communauté très soudée, elle restera fortement endogame, contrairement aux vœux napoléoniens.
Les décrets antisémites du maréchal Pétain de 1940, feront exploser la communauté israélite. Pensant bénéficier d’une mansuétude particulière du fait de son patriotisme exemplaire, en tous les domaines, et de son implication dans l’appareil d’Etat, elle fut renvoyée comme un vulgaire domestique, par un Maréchal Pétain qui n’était même pas allé chercher ses ordres chez Hitler. Paul-Louis Weiller, juif par sa mère, officier de la Légion d’Honneur à 25 ans, rosette remise par Foch, cité douze fois à l’ordre de l’armée, dont la douzième fois, sur proposition du général Pétain, fut déchu de la nationalité française par ce même Pétain.
Au grand rabbin de France, qui venait lui dire le 16 mars 1941 : « Tout ce que nous avons fait dans tant de domaines au point de vue patriotique », Pétain reprend l’argument napoléonien pour justifier sa position : « Le tort que vous avez, c’est de ne pas être intégrés dans la nationalité française. Vous n’avez pas d’artisanat, de paysannat : par là vous êtes écartés de la nation ».
La Communauté qui avait survécu à l’affaire Dreyfus se montrera impuissante à empêcher son éviction de l’Etat français, et ce, malgré l’étroitesse des relations qui reliaient le président du Consistoire et le Maréchal, dont il était un ami personnel. Ultime pied de nez, Pétain, sur ordre d’Hitler créera l’UGIF, contre l’avis du Consistoire, une organisation juive d’Etat, qui intégrera les juifs d’origine étrangère. L'UGIF fut adjuvant social d'une solution finale qui touchera presque tous ceux qui ne s’étaient pas cachés, dont le président du Consistoire, et sa femme, qui avaient refusé de fuir.
Impuissante à protéger ses membres contre l’antisémitisme de Vichy, incapable d’intégrer les immigrés, critiquée par la participation de certaines de ses élites à l’UGIF, la Communauté israélite ne se remet pas de la guerre. Non seulement elle aura été exclue de la société française où elle s’était installée après 150 ans d’efforts, mais, en plus, la shoah l’aura remise dans le rang du juif ordinaire qu’elle pensait avoir transcendé. Les israélites n'existent plus. Leurs enfants ont choisi entre redevenir juifs, dans le sens classique de l'acceptation, ou s’assimiler, sans se convertir. Seules quelques voix isolées viennent en rappeler opportunément les préceptes.
Aidé par Hitler et Pétain, Napoléon a réussi son projet avec plus de 100 ans de retard.
On comprendra peut-être mieux la première partie de l'hommage de Léon Blum, qui assène, en préambule, la règle fondamentale de la Communauté : "Français d'abord". De nombreux israélites étaient hostiles à la création d'Israël, mais Léon Blum développe, sur le sujet, une position politique, qui n'a rien de contradictoire avec les règles de la Communauté, de même que la majorité de la Communauté était politiquement hostile à Léon Blum.
DSK, dont le père a l'apparence d'être israélite, tient un discours qui n'emprunte en rien aux règles de la Communauté. Il se fond dans le discours juif, le plus classique, avec sa fidélité sans réserves à Israël.
Pendant cent cinquante ans, les israélites sont arrivés à conserver leurs traditions tout en étant plus français que des français. La Communauté israélite, si elle existait encore, désapprouverait DSK.
Espérons seulement que DSK puisse amender sa position sur Israël, en s'inspirant, dans la forme, de Léon Blum, c'est à dire en considérant qu'Israël pose un problème de politique étrangère sur lequel il pose son regard de socialiste français, oubliant, sans la nier, son origine juive. C'est la seule façon de ne pas prêter le flanc à l'antisémitisme.
Au fond, souhaitons à DSK de se rappeler ses racines israélites!
Contrairement à ce que tentent d'accréditer certains de ses biographes, Léon Blum n'était pas un sioniste. C'était un israélite qui a approuvé la création d'Israël pour des raisons d'idéologie humaniste et socialiste. Et d'ailleurs, ce qu'il souhaitait voir dès 1946, nous souhaiterions le voir encore dès aujourd'hui : " Pour moi, je suis vieux, et je ne toucherai pas la terre promise. Je ne verrai pas l'union parfaite des peuples dans la justice et dans la paix. Je ne verrai pas, selon l'image du poète, les nations assises autour de leur foyer commun «comme des soeurs autour de l'âtre» ".
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Merci pour ton article.
RépondreSupprimerC'est vrai que je connais beaucoup de gens qui ne voteraient pas pour DSK u fait de ses déclarations sionistes.
Jean-Eric