samedi 9 juillet 2011

Je défends rarement Sarkozy, mais pour le coup!

Le Monde décrit la façon dont les soupçons sont alimentés sur le fait que Sarkozy serait le commanditaire de l'affaire DSK.

En fait, il alimente lui-même les soupçons en se basant sur deux faits :

- Samedi à 22h52 il a l'air préoccupé

- Dimanche on lui a appris la nouvelle à 3 heures du matin, alors qu'il avait dit l'avoir apprise au petit déjeuner (voir article ci-après)

Comme vous le constatez, il y a de quoi "alimenter les soupçons".

Je ne sais pas s'il est ou non le commanditaire, mais je trouve qu'incriminer quelqu'un sur des indices aussi faibles est indigne.



Comment Nicolas Sarkozy a appris l'arrestation de DSK



La manière dont Nicolas Sarkozy a été informé de l'interpellation de DSK alimente les soupçons. "Le Monde" a reconstitué la nuit du 14 au 15 mai.
09.07 | 14h0959

"On ne réveille pas le président"

Ces nuits-là restent toujours comme des moments étranges dans un quinquennat : quand, à l'heure où dorment les présidents, surgit un événement qui ne relève pas seulement du fait divers mais aussi de la diplomatie, voire de la politique. Comme ce soir d'août 1997 où Lady Di est morte sous un pont parisien, la nuit du samedi 14 au dimanche 15 mai restera gravée dans la chronique française. Car l'homme auquel la police new-yorkaise passe les menottes n'est pas seulement le patron du Fonds monétaire international. Dominique Strauss-Kahn se préparait à affronter Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2012.

Soucieux de laisser cette affaire empoisonner la seule gauche, l'Elysée s'est montré très discret sur la manière dont le chef de l'Etat a appris la nouvelle. Alimentant du coup maladroitement, au PS, des accusations de "complot" et des sous-entendus sur le rôle de prétendues "officines françaises". Obligeant le groupe hôtelier à "démentir formellement les allégations" sur une éventuelle manipulation. Récit de ces heures cruciales dans l'entourage du président.

Samedi 14 mai, 22 h 52, fin du match Lille-PSG au Stade de France. Dans la loge présidentielle, pour applaudir la finale de la Coupe de France de football, Nicolas Sarkozy, quelques ministres, Martine Aubry mais aussi, à deux mètres, "Jo" Querry, le responsable à Paris de la sécurité du groupe Accor, donc du fameux Sofitel de New York, que Dominique Strauss-Kahn a quitté à 18 h 28, heure parisienne. Martine Aubry s'ouvre à Roselyne Bachelot, avant de le faire plus tard devant des journalistes, de l'air préoccupé du président, qu'il s'affaire sur son Blackberry ou remette, à 22 heures 52, la coupe au capitaine lillois - quelques minutes à peine après que DSK a été interpellé à l'aéroport JFK par la police new-yorkaise. "Ridicule, soupire l'Elysée. Il est toujours comme ça." Au Monde, "Jo" Querry assure qu'au Stade de France, "ni lui ni personne ne peut encore rien savoir".

23 heures 45, Querry "sonne" Ange Mancini. A 23 h 45, le patron de l'hôtel new-yorkais prévient de "l'affaire DSK" le permanencier parisien du groupe hôtelier, qui téléphone à son chef, M. Querry. "Il arrive une chose incroyable. DSK aurait eu une histoire sexuelle avec une de nos employées..." M. Querry sonne immédiatement son ami de trente-cinq ans, le coordonnateur du renseignement à l'Elysée, Ange Mancini. Et non, Place Beauvau, le directeur de la Coopération internationale (DCI), Emile Perez, qui lui en fera (aimablement) le reproche. Lui-même n'est averti que par le circuit diplomatique "classique", bien plus lent : un télégramme de l'attaché de sécurité intérieure, prévenu par l'ambassadeur de France à New York, lui-même appelé par le consul de France, Philippe Lalliot, premier Français officiellement informé par le NYPD : il sera le seul à rendre visite à DSK au commissariat d'Harlem. M. Perez ne réveille donc que tard dans la nuit ses deux "tutelles" : Frédéric Péchenard, le patron de la police, et Jacques Mignaux, pour la gendarmerie.

Vers minuit, le mail d'alerte du directeur du Sofitel est réexpédié à l'Elysée. Au téléphone, Mancini demande à son ami "Jo" de répéter calmement : "Tu es sûr de ton coup ?" Puis il alerte le directeur du cabinet du président, Christian Frémont, qui se montre incrédule. Nouveau coup de fil de M. Mancini à son copain d'Accor : "Jo, on est sceptiques... T'es sûr que c'est pas une blague ? C'est pas l'heure de rigoler." Pour preuve de sa bonne foi, M. Querry fait suivre à l'Elysée l'e-mail que vient de lui adresser, pour confirmation, le directeur du Sofitel.

Minuit trente, la Place Beauvau est en alerte. Averti par le directeur de son cabinet, Claude Guéant recevra dans la nuit une quarantaine d'appels : chacun veut être le premier à apprendre la nouvelle au ministre de l'intérieur. Vers 2 heures du matin, alors que le New York Post et le New York Times "sortent" l'arrestation de DSK, confirmant les premiers tweets échangés trois heures plus tôt, Nicolas Sarkozy est, semble-t-il, réveillé et apprend la nouvelle à son tour. Et non pas, comme l'a dit d'abord l'Elysée, "le matin, à l'heure du petit déjeuner".

Dimanche à l'aube, dans un château allemand, le criminologue Alain Bauer ronge son frein. Il a donné la veille une conférence, s'est réveillé à 5 heures du matin, a trouvé son téléphone saturé de messages d'amis américains. Est-il 8 heures ? Un peu plus tard ? Dès qu'il juge l'horaire décent, il joint en tout cas "Nicolas" qu'il conseille régulièrement sur les questions de sécurité. "On m'a prévenu", souffle le président, très peu disert. Puis : "Tu vois ça comment ? " M. Bauer lui expose le fonctionnement de la justice américaine : "Il n'y aura pas de mise en examen avant trois jours", se trompe-t-il d'ailleurs.

Dimanche, 9 heures, Nicolas Sarkozy appelle Xavier Musca. C'est leur rituel dominical. "Tu as entendu la radio ? Qu'est-ce que tu en penses ?", demande le président au secrétaire général de l'Elysée. M. Musca a reçu dans la nuit un SMS du service de permanence et d'information, puis un appel de M. Frémont. Calmement, il a décidé : "On ne réveille pas le président."
Ariane Chemin Article paru dans l'édition du 10.07.11

dimanche 3 juillet 2011

DSK ne doit pas être élu, même député!

Comment pourrait-il débattre sereinement, après son élection, du texte suivant :

Des députés veulent pénaliser les clients des prostituées
LEMONDE.FR avec AFP | 12.04.11 | 21h19 •


Prenant l'exemple de la Suède, des députés proposent de créer un délit pour réprimer le recours à la prostitution. Avec un tel délit, les clients des prostituées pourraient être sanctionnés de six mois de prison et d'une amende de 3 000 euros, dans un rapport parlementaire qui sera publié mercredi 13 avril.

Le but d'un tel délit "ne serait pas, bien entendu, d'emprisonner tous les clients" mais de leur "indiquer quelles sont les conséquences potentielles de leur acte et quelle est la responsabilité qui est la leur dans la perpétuation de la prostitution", estime le rapport intitulé "En finir avec le mythe du 'plus vieux métier du monde'".

Un rapport parlementaire propose de sanctionner les clients des prostituées de six mois de prison et d'une amende de 3 000 euros.

Mesure phare de leurs trente propositions, la pénalisation du client constitue "à terme la meilleure piste pour voir diminuer la prostitution en France, là où tous les pays qui ont réglementé cette activité l'ont vu augmenter", peut-on lire dans le rapport.

Les députés s'appuient sur l'exemple de la Suède, qui a été le premier pays au monde, en 1999, à avoir incriminé le recours à des actes sexuels tarifés (amende et six mois d'emprisonnement).
"L'évaluation de cette loi, en 2010, a montré qu'elle avait eu un effet dissuasif sur les clients" et que la prostitution de rue a ainsi été "divisée par deux en dix ans", souligne le rapport.

Selon la présidente de la mission d'information, la députée (PS) Danielle Bousquet, le rapport devrait déboucher sur une proposition de loi UMP-PS qui ne sera toutefois pas débattue avant les échéances de 2012 en raison d'un "calendrier parlementaire chargé".

Finalement, avec 8 jours de prison, il ne s'en sort peut-être pas mal!

Apprenez à jouer au poker recouvrement

Vous avez interrompu votre abonnement de portable, ou de parking, ou tout autre, en prenant la précaution préalable d'avoir résilié le prélèvement automatique.

Vous êtes, comme moi, un familier de l'article L136 du Code de la Consommation, une des grandes inventions du génie sarkozien.

Sans même ouvrir votre dossier, ou lire les recommandés envoyés, la société de services va mandater un recouvreur professionnel. Cela coûte moins cher que d'ouvrir un contentieux et d'étudier la situation juridique.

Là commence le poker recouvrement!

La société va vous harceler pendant des mois, ne bougez pas!

A l'issue de multiples intimidations, ils vont demander au juge de signifier une injonction de payer, ne bougez pas!

Vous ne bougez que quand l'injonction du juge vous a été signifiée par voie d'huissier : vous faites alors opposition auprès du Juge par R/AR.

Pour continuer, la société de services doit engager un avocat. C'est trop cher, car, statistiquement, ceux qui ont tenu jusque là, ont sans doute des raisons valables.

Elle vous envoie alors une lettre de désistement, vous triomphez!

Un petit jeu, qui dure des mois, et qui est très distrayant!

Ce jeu aurait beaucoup plu à Pierre Dac.

samedi 2 juillet 2011

DSK : La thèse du complot s'effondre!

Un complot commandité s'organise avec professionnalisme. Ce que l'on sait maintenant de la multitude des mensonges de la défense éloigne un peu la thèse du complot politique organisé ab nihilo.

Il est probable que si DSK s'est fait aussi facilement piégé, c'est qu'il avait des "habitudes" dans l'hôtel.

Parmi les éléments à sa charge, on retiendra sa "naïveté" de ne pas vouloir réaliser que tout système de prostitution est fatalement contrôlé par la mafia.

La mafia aurait-elle eu le flair de proposer à quelqu'un de "forcer le système", contre argent, ou contre tout autre avantage?

Le risque pour cette personne est d'être éternellement sous le pouvoir de chantage de la mafia.

mercredi 22 juin 2011

Cachez ce sein!

Il faut appeler un chat un chat!

Ce n'est parce que l'affaire DSK nous a abreuvé de détails sur des façons assez incroyables de commettre des viols, qu'il faut tomber dans la tartuferie et serrer toutes les minutes sa haire avec sa discipline.

Non, ce que le procureur d'Evry appelle d'un terme, qui n'existe pas dans la loi, " viol et agressions sexuelles en réunion par personne ayant autorité", pour Tron, et "viols et agressions sexuelles, avec la commission des faits en réunion" pour son adjointe à la culture a un seul nom : une tournante!

N'ayons pas peur des mots, ne masquons pas la réalité sous des expressions inventées pour la circonstance, le maire et son adjointe sont mis en examen pour la sordide tournante, qui hante les HLM voisins.

Alors, messieurs les journalistes, qui nous avez décrit dans les moindres détails les positions intimes de DSK, lâchez-vous un peu pour Tron!

Affaire d'Etat

Avant de décider, le Ministre a consulté ses collègues européens.

Puis, il a eu un entretien avec le Premier ministre et le Président de la République, qui ont conforté sa décision, et jugé sage son choix de ne pas consulter le Conseil d'Etat.

Le Ministre a organisé une conférence de presse devant toutes les télévisions, pour annoncer la décision tant attendue, qui avait donné lieu à quelques jours de spéculation dans les média. Il a ainsi évité, avec adresse la question orale à l'Assemblée.

Il a déclaré :

" Seul l'exercice divulgué sera "neutralisé" et les copies seront notées sur les trois exercices restant"

La France était soulagée. Quel ministre!

mardi 21 juin 2011

Comment être préfet ?

ARTHUR K : Etes-vous favorable au projet de la mairie de Paris d'aménager les berges de la Seine ou entendez-vous les arguments de Rachida Dati, qui s'inquiète de la disparition d'espace pour les automobiles ?

Daniel Canépa, Préfet de région : L'aménagement des berges de la Seine est une mesure qui se rapproche d'initiatives qui ont été prises dans d'autres grandes villes de France et du monde : réconcilier les habitants avec leurs fleuves.

Cette politique ne doit pas être en contradiction avec d'autres politiques publiques telles que la prévention des inondations ou la bonne insertion dans un paysage classé patrimoine mondial.

En ce qui concerne les effets sur la circulation, ils seront effectivement réels et participeront à une série de mesures prises par la Mairie de Paris visant à limiter l'utilisation des transports individuels au profit des transports collectifs.


Si vous pouvez répondre comme cela à cette question, présentez-vous tout de suite au concours de recrutement des préfets

lundi 20 juin 2011

Suis-je un pique-boeuf du journal Le Monde?

En remettant de l'ordre dans la classification de mes articles, je me suis aperçu que je consacrais beaucoup de mon encre au journal Le Monde. En étais-je un pique-boeuf? Un de ces oiseaux qui faisaient oeuvre salutaire en vivant sur le dos d'un bovidé dont il extrayait les parasites pour en vivre (on lira avec beaucoup d'intérêt le pique-boeuf).

On pourrait s'interroger sur mon acharnement sur Le Monde, plutôt que sur Gala ou L'Equipe. Je ne m'intéresse au Monde, que, parce que leur titre constitue une référence de fait, une espèce de label de "politiquement correct' pour toute une intelligentsia, qui prend encore pour argent comptant, tout ce qui est inscrit sous cette marque de sérieux.

Or, le développement d'Internet, tire à la facilité, et donc à la médiocrité. Toutes les âneries que je relève sont voulues. Il s'agit pour le journal Internet - qui appartient au journal "Le Monde", avec une rédaction commune - d'engendrer un maximum de clics, en affichant des titres et des articles alléchants et faux, que l'on retire au bout de deux heures.

Qui peut accepter que le parangon de vertu de la société française se conduise de cette façon?

Tartuffe se retourne déjà dans sa tombe, et ne parlons pas de son (vôtre) serviteur Laurent.

dimanche 19 juin 2011

Médiation familiale et Justice : une valse endiablée

« …Au premier temps de la valse.. »


Apparue en France au début des années 1990, la médiation familiale s’est d’emblée voulue comme un mouvement alternatif à la Justice en matière de séparation familiale. A la multitude des divorces pour faute, la médiation familiale oppose une séparation librement négociée entre les conjoints. A la décision du Juge, la médiation familiale oppose la volonté des familles de disposer de leur devenir, dans le sillage d’un vaste mouvement alternatif qui tend à réduire l’emprise de la puissance publique sur les citoyens.

C’est l’époque des pionniers, de Jocelyne Dahan à Annie Babu, de la création des premières associations de médiation familiale.

La médiation familiale est un mouvement militant, dans le sillage des mouvements de parents divorcés, particulièrement des pères, et de tous les mouvements qui se réclament de la liberté de choisir son mode de vie et son destin. Les premières résidences alternées y sont actées.

Mais le militantisme vise à la reconnaissance. Aux subventions nombreuses qui témoignent d’un intérêt certain des pouvoirs publics fait suite, très rapidement une reconnaissance officielle, prélude à l’institutionnalisation.

La jeunesse du mouvement aura été brève, trop brève ?


« Au deuxième temps de la valse »



A la suite du rapport de Monique SASSIER « Arguments et propositions pour un statut de la médiation familiale en France » le Conseil National Consultatif de la Médiation Familiale a été crée le 8 octobre 2001. Le Conseil estime que « 10% des contentieux en matière familiale pourraient être traités par la médiation familiale ». Cette phrase contribue à inscrire, entre autres, la médiation familiale dans le champ de la Justice.
Ce n’est plus un mode alternatif, c’est une modalité. Au regard de la justice, le risque apparaît que la médiation familiale ne devienne un outil : à l’instar de l’enquête sociale, on l’ordonne.

La réforme de l’autorité parentale du 4 mars 2002, est l’occasion d’introduire la médiation familiale dans le code civil.

Article 373-2-10 : « En cas de désaccord, le juge s'efforce de concilier les parties. A l'effet de faciliter la recherche par les parents d'un exercice consensuel de l'autorité parentale, le juge peut leur proposer une mesure de médiation et, après avoir recueilli leur accord, désigner un médiateur familial pour y procéder »

Ces dispositions ont suscité l’espoir chez les médiateurs de voir le recours à la médiation familiale augmenter dans des proportions iportantes..

Ces médiateurs doivent vite déchanter, l’ordonnance n’est pas suivie de l’effet mécanique que l’on espérait et, quand les justiciables viennent, au moins l’un d’entre eux est souvent là pour « faire plaisir au juge », selon les recommandations de son avocat.

Les médiateurs découvrent alors que la « volonté de se concilier », qui était à la base des démarches volontaires, est bien souvent absente des médiations ordonnées.

La pression exercée par le judiciaire, notamment pour obtenir des protocoles s’accroît sur des médiateurs qui pensent par ailleurs que la finalité de la médiation familiale, c’est aussi le rétablissement de la communication entre des parents déchirés.

Les médiations familiales spontanées stagnent (citer les chiffres sur lesquels s’appuyer dans une note de bas de page): l’institutionnalisation aurait-elle dénaturé le mouvement ?

Fin 2009, la médiation familiale, encore jeune, est en plein doute identitaire. Sa première crise d’adolescence ?


« …Au troisième temps de la valse….. »


Le 3 mars 2010, la Ministre de la Justice a déposé sur le bureau du Sénat un projet de loi visant à rendre la médiation familiale obligatoire avant toute saisine à nouveau du Juge. Un tel projet aurait pour conséquence que la part des médiations familiales judiciaires augmenterait considérablement.

On peut se demander pourquoi, dans le sillage du rapport Magendie, la justice s’est-elle emparée de la médiation. Est-ce devenu le moyen essentiel pour désengorger les tribunaux et rendre la justice plus efficace ?

Comment les médiateurs et les associations de médiation peuvent-ils appréhender un tel changement ?

Tous, constatent que tout processus judiciaire est long, coûteux et destructeur. Destructeur pour les parents, mais destructeur pour les enfants, qui voient leurs parents s’enfermer dans des positions de « tranchée », inhérentes à la posture d’adversaires, et qu’eux-mêmes sont la plupart du temps instrumentalisés dans un conflit qu’ils exècrent.

D’un autre côté la plupart des personnes sont demandeuses d’une décision judiciaire, car le juge représente la reconnaissance de la société sur le bien-fondé de leur position.

C’est au milieu de cette contradiction que continue à s’inscrire la médiation familiale.

Une des raisons invoquée serait que la médiation familiale volontaire ne correspond pas à la culture française. La survie de la médiation familiale passe par l’élaboration des rapports qu’elle entretient et qu’elle a à entretenir avec le judiciaire. L’idée d’inscrire la médiation familiale, de façon obligatoire, avant certaines saisines, permettrait peut-être, de faire progresser son positionnement à l’intérieur du processus judiciaire. Elle pourrait trouver l’affirmation d’une indépendance, en acquérant une autonomie forte vis-à-vis du juge qui n’a pas encore été vu.

C’est peut-être une opportunité qui doit se négocier au prix de compromis raisonnables.

Le projet de loi n° 344, relatif à la répartition des contentieux et à l'allègement de certaines procédures juridictionnelles, baptisé loi sur la médiation obligatoire, stipule en son article 15 :

« Toutefois, à peine d'irrecevabilité que le juge peut soulever d'office, la saisine du juge par le ou les parents doit être précédée d'une tentative de médiation familiale »

Une telle rédaction est dangereuse.

En effet, bien loin de rendre la médiation obligatoire en cas de nouvelle saisine du juge aux affaires familiales, il la rend impossible : en effet, celui qui, n’étant pas demandeur, ne veut pas faire la médiation risque de cette manière d’empêcher tout recours à la justice..

Il eût mieux valu stipuler :

« "Dans l'intérêt de ou des enfants, le juge peut ordonner une médiation préalable. Chaque parent peut y renoncer dans un délai d'un mois en motivant sa décision. A défaut d'y avoir renoncé, chaque parent y est obligé. »

La possibilité de renonciation déjoue le recours constitutionnel pour empêchement d’accès à la Justice. Toutefois, la médiation étant ordonnée « dans l’intérêt de l’enfant », et la renonciation devant être motivée, les renonciations devraient rester très minoritaires. Si la partie non demandante ne renonce pas, elle serait en difficulté si elle ne procède pas dans les délais à la médiation à laquelle elle est obligée et qu’elle a acceptée.

Une telle formulation pourrait conduire à plus de 80% de taux de médiation, ce qui serait déjà formidable. Ainsi, ce texte pose, une fois amendé, la posture future de la médiation familiale : un travail, fortement recommandé, en avant-dire droit.
Cette posture peut satisfaire les juges, qui voient le nombre des contentieux allégés, et les médiateurs, qui auraient à faire une médiation pas vraiment obligatoire, dont les contraintes pourraient être discutées.

Cette médiation serait d’autant moins obligatoire que les personnes pourraient être adressées par tous les canaux usuels et notamment les PAD et les MJD, qui peinent à adresser aujourd’hui aux associations de médiation toutes les problématiques relavant du droit de la famille. S’il y a 2000 saisines à nouveau par an à Paris, on se demande par quel canal elles transitent.

Après à peine vingt ans d’existence en France, la médiation familiale n’est pas encore devenue vraiment adulte.


« Une valse à mille temps »


La médiation familiale a du mal à se trouver, notamment dans ses rapports avec la Justice. Le troisième temps est encore truffé de mille inconnues.

Si beaucoup de fées se sont penchées sur son berceau, elles se sont vite retirées. Il y reste beaucoup de comptables.

Sous une forme ou sous une autre, l’opportunité d’un organisme consultatif, représentant tous les intervenants, paraît une nécessité.

Faudra-t-il attendre le mille et unième temps ?

vendredi 17 juin 2011

Une question à 100 $

Il faut d'abord lire l'article:

Le médecin de Liliane Bettencourt mis en examen

Le médecin traitant de Liliane Bettencourt, le gériatre Christophe de Jaeger, 51 ans, est mis en examen, depuis le 9 juillet 2010, par la juge parisienne Marie-Odile Bertella-Geffroy, pour "complicité d'exercice illégal de la médecine". Le dossier le visant a été transmis pour règlement en avril au parquet de Paris, qui doit rendre ses réquisitions.

Le médecin avait été mis en cause le 7 juin par la fille de la milliardaire, Françoise Bettencourt Meyers, qui a dénoncé son omniprésence dans le quotidien de sa mère, dans le cadre d'une requête déposée devant la juge des tutelles de Courbevoie (Hauts-de-Seine). Les faits reprochés par la justice au praticien remontent à 2001-2002.

Question à 100 $ : l'exercice illégal de la médecine a-t-il à voir avec Mme Bettencourt?

la réponse est dans :

LEMONDE pour Le Monde.fr | 17.06.11 | 12h53

et c'est NON

jeudi 16 juin 2011

Le journal Le Monde condamné à une peine de 5 minutes

En 2017, Bordeaux sera à deux heures à peine de Paris
LEMONDE.FR avec AFP | 16.06.11 | 18h37 • Mis à jour le 16.06.11 | 18h54


Réseau ferré de France (RFF) a signé jeudi 16 juin avec le groupe de BTP Vinci le contrat de concession pour la ligne à grande vitesse (LGV) Tours-Bordeaux, pour un montant total de 7,8 milliards d'euros, un projet qui mettra en 2017 Bordeaux à deux heures et cinq minutes de Paris, contre trois heures actuellement.

lundi 13 juin 2011

Heureusement, en France, les lois nous protègent..

Mon voisin a installé de façon sauvage, sur le toit, deux énormes modules de climatisations réversibles. Son installation, déductible des impôts, m'empêche de dormir.

Heureusement, il y a la loi!

la Préfecture de Police a un service spécialisé de lutte contre les pollutions sonores, qui n'intervient pas en cas de litige entre voisins. Manque de chance!

La ville de Paris peut intervenir, puisqu'il faut une autorisation de travaux pour de telles installations. Au bout de quelques mois, elle peut dresser un procès verbal, et s'il n'est pas suivi d'effet, envisager de transmettre au Procureur.

L'installation n'ayant pas reçu l'agrément des copropriétaires, le syndic peut mettre en demeure, mais après?

Heureusement, il reste les tribunaux pénaux, où vous pouvez attaquer à grands frais d'avocats et d'experts. Peu de résultats espérés avant deux ans.

En France on a pléthore de lois, d'administrations, de tribunaux mais, aucun résultat n'est possible avant deux ou trois ans pour faire retirer une installation sauvage qui vous pourrit la vie.

Au cas où vous ne sauriez pas...

M. DSK, au cas où vous maîtriseriez mal la loi française, que vous avez eue à gérer en étant Ministre des Finances, je voudrais vous indiquer comment organiser votre insolvabilité pour échapper à toute poursuite civile après votre divorce d'avec Anne Sinclair.

Vous logez tous vos actifs dans des assurances-vie acceptées par vos enfants. Ces actifs sont intouchables.

Une fois la tempête passée, vos enfants renoncent à leur clause bénéficiaire, et l'argent vous revient.

On critique la loi française pour sa complexité, mais elle est tellement pratique dans les cas délicats.

Merci aux Ministres des finances qui se sont succédés.

Votre vie va être bouleversée !

Le Monde.fr du 13 juin 2011


MÉTRO – Le plan était presque parfait

Usagers, usagères, on vous ment ! Vous qui, en toute confiance, vous rendez chaque jour au bureau en métro par le chemin que vous pensez le plus court, sachez qu'il y a de fortes chances pour que vous fassiez un détour.

Selon une étude menée par la New York University, les plans de métro de la plupart des grandes villes du monde sont erronés. Ou plus exactement, ils donnent sciemment à ceux qui s'y réfèrent des informations inexactes sur les distances réelles entre deux stations, leur emplacement géographique, et nous conduisent ainsi à prendre des itinéraires parfois trop longs, souligne le Daily mail, schémas et exemples à l'appui.

Pourquoi les plans de métro du monde entier sont-ils erronés ? Parce qu'ils ont tous eu la mauvaise idée de s'inspirer de celui du métro londonien. "Il faut remonter en 1933 à Londres et à son système de lignes de métro irrationnel et archaïque, rappelle Slate.fr. Pour permettre au voyageur de s'y retrouver, l'ingénieur Harry Beck, le responsable de tous nos malheurs, a eu l'idée de se priver de tout repère géographique et de dessiner un plan de métro compréhensible où toutes les stations se trouvent à égale distance et les lignes se distinguent par leurs couleurs."

Or c'est ce plan qui a servi de modèle dans la plupart des grandes capitales européennes : Paris, Rome, Madrid, Berlin ou encore le futur métro de Dublin. Des villes américaines comme San Francisco ou New York ont en revanche adopté une schématisation plus conforme à la réalité.

Selon l'auteur de l'étude, le professeur de NYU spécialisé dans les transports, Zhan Guo, ces plans de métro très approximatifs ont beaucoup plus d'influence sur les décisions des usagers que la réalité géographique du réseau, avec pour conséquence une augmentation de 15 % du temps passé dans les transports.

Merci Le Monde.fr

vendredi 10 juin 2011

Il faut le voir pour le croire

Voilà la réponse, apparemment validée "Pôle Emploi", que je viens de recevoir à une offre d'emploi. Une des hypothèses serait l'existence d'un générateur automatique de lettres de candidature, où l'on coche des croix :


A.E. RAwwwwSON 10/06/2011
22 voie GwwwY
94400 VITRY/SEINE

Tél.: 01 46 77 xy zt


Madame, Monsieur,

Vous avez confié au Pôle emploi la présèlection de: "Conseiller/Consultant en création d'entreprise" Il donne une réponse: - favorable- ; demande une: - mise en relation employeur- .

En effet les formations et expériences correspondent. Alors, non seulement, accueil et prise en charge nouent la relation puis contact et dialogue soutiennent le service, mais également confortent le souci de partager et le savoir-faire et le faire-savoir.

Je suis disponible. Trouver ci-dessous le parcours.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes sentiments et dévoués et solidaires.



CONSEILLER/CONSULTANT EN CREATION D'ENTREPRISE
Ecoute-Accompagnement-Suivi

COMPETENCES

Conduire être acteur /développement
Mobilisation;
Re-dynamisation;
Elaboration du projet.

Soutenir maîtriser les outils/recherches

Ebauche;
Animation;
Technique .

Guider pour élaborer des méthodes/actualisation

Gérer et organiser;
Construire/réaliser;
Communiquer.

EXPERIENCES

Accompagnateur/Concepteur-organisateur en Formation;
Associations Paris-Ile de France

Coordinateur de Programme en Mission Humanitaire;
ONG France-Afrique

Enseignant Histoire-Géographie en Lycée Classique-Moderne;
Education Nationale France


FORMATIONS UNIVERSITAIRES

Sciences Humaines:

Responsable de Projets Insertion-Médiation Socioprofessionnelle; bac+5 Université Paris X-Nanterre

Psychanalyse, Enseignements Fondamentaux


Le CV d'après commence par :


J’ai concilié la connaissance de l’entreprise avec les sciences humaines
en établissant la cohérence entre mes savoirs d’action.
Je vous propose ma collaboration en gestion des emplois et des compétences
dans l’objectif d’une co-construction opérationnelle et de développement.

MERCI POLE EMPLOI

jeudi 9 juin 2011

Mon programme électoral pour 2012

A LIRE : La médiation familiale est-elle magique?


Nous allons vivre en 2012, de grandes élections. Les candidats aux législatives vont présenter des programmes très généraux. C’est peut-être le moment de leur rappeler qu’il existe des petites réformes, jamais faites, et qui ne le seront jamais car trop petites, mais qui peuvent améliorer considérablement la vie des gens.

En voici quelques unes, dans le domaine de ma compétence, inspirées de multiples cas.

Je les ai déjà envoyées à ma députée.


Amendement du régime du régime de la Communauté légale

La solidarité intégrale des dettes jusqu’à la date du prononcé du divorce est profondément injuste, surtout si un des époux s’endette de façon abusive et souvent illégale.

L’illégalité est parfois impossible à prouver : comment établir qu’une signature d’un contrat d’emprunt est un faux dès lors qu’on n’a pas copie du contrat ?

Il devrait être possible de rompre judiciairement la solidarité des dettes, en cours de mariage, à la demande unilatérale d’un des époux, et passer ainsi en séparation de biens.


Attribution du logement familial en cas de séparation PACS et concubinage avec enfants

De nombreux couples, séparés de fait, ne se séparent pas physiquement, car chacun peut vouloir revendiquer le logement commun, parce qu’il est, par exemple titulaire du bail.

Derrière le logement commun se joue la résidence principale enfants. Il faut aligner le régime de l’attribution du logement familial pour PACS et concubinage sur celui du mariage.

Le juge aux affaires familiales devrait pouvoir attribuer le logement à un des parents, sur simple requête, et permettre ainsi l’expulsion de l’autre.


Possibilité d’Appel « dans la forme du référé » pour toute décision concernant la résidence des enfants

Lorsque juge tranche sur la résidence des enfants chez l’un ou l’autre parent, ou en mode alterné, si un des parents conteste, il faut souvent attendre un an avant l‘appel. Une situation de fait s’est alors créée qui incite la Cour d’Appel à entériner la décision prise.

Par le jeu des situations de fait, la première décision de Justice ne pourra, souvent, jamais être remise en cause.

On va juger de la vie d’une famille en une fois, avec un juge unique en procédure orale.

C’est justement le cas où il faut éviter toute erreur.

En matière de résidence des enfants, l’Appel devrait être immédiat.

Ecrire pour ne rien dire

Libération titre :

DSK: la disposition de la chambre 2806 est compatible avec le récit de la plaignante

Quelqu'un peut-il imaginer, qu'assignée à cette chambre, elle fût incapable de la décrire.

Quel est le but du journaliste :

Faire un papier de plus à peu de frais?

Suggérer on ne sait pas quoi?

Hurler avec le bruit?

mercredi 1 juin 2011

Questions pour un Champion

Qui est-il?

45 secondes pour répondre



Professeur de droit, il s'est assez battu, en France et ailleurs, contre les gardes à vue arbitraires ou les emprisonnements illégaux.

Militant féministe de longue date, il mène un combat acharné contre toutes les formes de sexisme et de machisme.

Sa lutte pour les droits, et notamment les droits des femmes, est connue de beaucoup. Elle est constitutive de son engagement civique depuis sa jeunesse.

Sans revenir à sa participation très ancienne au Planning familial ou à son soutien à l'interruption volontaire de grossesse (IVG), il est le premier maire d'une ville de France à instaurer l'égalité stricte homme-femme au sein d'un conseil municipal avant même la réforme Jospin.

Il est l'initiateur d'un texte pénalisant financièrement les partis politiques qui n'assurent pas l'égal accès des femmes aux fonctions électives.

Il milite pour la criminalisation du viol.

Ministre de l'éducation nationale,il adopte des mesures radicalement nouvelles pour le respect des droits des jeunes filles.

Auteur d'un livre, "Demain les femmes" (Grasset), disponible sur Amazon.com, il participe, à la demande du secrétaire général des Nations unies, à la préparation de la conférence de Pékin sur le droit des femmes de 1995.

Il s'oppose personnellement, et parfois par une présence sur place, aux violences faites aux femmes dans de nombreux pays.

Premier homme politique à avoir pu publier sa notice nécrologique et hagiographique dans Le Monde.

Réponse : je suis l'auteur de "Point de vue DSK : je persiste et je signe" publié le 31 mai 2011 sur Le Monde.fr

Point de vue
DSK : je persiste et je signe


Sur France 2, lundi 16 mai, je m'élève avec force contre la décision de la juge Melissa Jackson de maintenir en détention Dominique Strauss-Kahn. J'affirme que cette décision illustre le caractère partisan et unilatéral de la procédure à charge engagée contre lui. J'observe en effet qu'elle est contraire à une tradition américaine : la libération provisoire sous caution est généralement accordée sauf homicide. Autrement dit, selon une vieille formule française, sauf mort d'homme. Est-il sacrilège de s'indigner contre une mesure qui foule au pied cette pratique constante ?

Aussitôt s'enclenche alors contre moi un mini-procès en sorcellerie. On isole à dessein les mots "mort d'homme" pour en déduire que j'aurais ce jour-là banalisé le crime de viol. Tour de passe-passe étrange : alors que mon propos porte sur la seule procédure de détention, on fait comme si je m'étais prononcé sur le fond du dossier que je ne connais pas.

Le professeur de droit que je suis s'est assez battu, en France et ailleurs, contre les gardes à vue arbitraires ou les emprisonnements illégaux pour ne pas dénoncer un abus de pouvoir commis par un juge américain à l'encontre d'un citoyen français. A partir de mes propos défigurés, on me soupçonne de complaisance à l'égard de crimes sexuels que j'ai toujours vigoureusement combattus. Comment peut-on me prêter une pensée aussi vulgaire, aussi imbécile, aussi basse et aussi manifestement contraire à mes convictions de toujours.

Militant féministe de longue date, je mène un combat acharné contre toutes les formes de sexisme et de machisme. Ma lutte pour les droits, et notamment les droits des femmes, est connue de beaucoup. Elle est constitutive de mon engagement civique depuis ma jeunesse.

Sans revenir à ma participation très ancienne au Planning familial ou à mon soutien à l'interruption volontaire de grossesse (IVG), je rappellerai des faits plus récents : premier maire d'une ville de France (Blois) à instaurer l'égalité stricte homme-femme au sein d'un conseil municipal avant même la réforme Jospin, je suis l'initiateur d'un texte pénalisant financièrement les partis politiques qui n'assurent pas l'égal accès des femmes aux fonctions électives. Je milite simultanément pour la criminalisation du viol.

Faux procès

Ministre de l'éducation nationale, j'adopte des mesures radicalement nouvelles pour le respect des droits des jeunes filles. Auteur d'un livre, Demain les femmes (Grasset), je participe, à la demande du secrétaire général des Nations unies, à la préparation de la conférence de Pékin sur le droit des femmes de 1995. A ce titre, je m'oppose personnellement et parfois par une présence sur place aux violences faites aux femmes dans de nombreux pays.

De tout cela, je ne tire évidemment nulle gloire. Ces actions sont pour moi évidentes. Je suis pleinement solidaire des associations, des personnalités, des femmes qui s'engagent avec force et manifestent une vigilance de chaque instant, dussé-je, provisoirement et injustement, être l'objet d'une polémique.

Les chantiers à ouvrir ne manquent pas : les persistantes et scandaleuses inégalités sociales et économiques entre femmes et hommes, l'exploitation, la maltraitante et l'analphabétisme de millions de femmes à travers le monde.

Rien ne me détournera, pas même les faux procès, de mon action acharnée et obstinée pour la protection et la défense des droits des êtres humains et spécialement des droits des femmes ? C'est le sens même de ma vie.




Jack Lang, député PS du Pas-de-Calais, professeur agrégé de droit

De profondis rond-point-ibus!

En quelques années, la France s'est couverte de rond-point. Il n'existe plus un seul morceau de route qui ne relie deux ronds-points. Des ronds-points de toutes les formes.

Le plus petit rond-point est juste une bosselette en pierres, qui vous fait juste tressauter si on l'ignore. Le plus gros des ronds-points, avec ses huit routes entrantes et son monticule surmonté d'une immense statue en fer, est une véritable œuvre d'art, avec sa déclinaison de végétation et de massifs floraux.

S'il n'existe pas encore de concours de rond-point, peut-être faudrait-il le créer.

Toute la France a été passée au peigne fin, il n'existe plus le moindre croisement qui n'ait donné lieu à rond-point. Et par croisement on entend bien souvent l'arrivée d'un chemin de terre sur une route vicinale!

Nul ne contestera que la sécurité routière y ait énormément gagné, quoique l'apport spécifique des ronds-points ne soit pas mesuré dans les statistiques. Chacun jugera de l'apport esthétique, étant entendu que, d'une commune à l'autre, le penchant plus ou moins grandiloquent se soit exprimé de façon différente.

Au fond, maintenant que l'œuvre globale est parachevée, on peut la comparer à celle qui décora la France de monuments aux morts après la guerre de 14, il y a bientôt quatre-vingt dix ans.

Faudra-t-il attendre encore un tel délai pour que le génie français s'exprime à nouveau en de telles proportions ?

Et surtout, que vont devenir ces centaines de milliers d'ouvriers, les rond-point-istes, qui ont fabriqué nos ronds-points ?

mardi 31 mai 2011

La médiation familiale est-elle magique ?

A voir d'abord : "les mots retrouvés"
A lire aussi :
Médiation familiale et Justice


Cela commence par un père fâché avec ses deux fils de 20 et 24 ans. Il avait attaqué devant la Justice leur mère pour pouvoir leur verser directement leur pension alimentaire. Il prétendait qu'elle gardait une partie de l'argent pour elle.

Deux heures de tête-à-tête en présence des médiateurs. Le fils ne comprend pas que son père ait pu prétendre dans ses conclusions devant le juge qu'il mettait toujours la même paire de chaussures — ce qui était vrai —, mais que c'eût pu être utilisé comme un argument à charge contre sa mère. À vingt ans, il pouvait bien porter les chaussures qu'il voulait !

C'est vrai reconnaît le père, l'argument était mauvais !

Non seulement l'argument était mauvais, mais il a failli fâcher définitivement le père et ses fils pour une paire de chaussures.

Au bout de deux heures, le litige est réglé, la réconciliation bien entamée.

Cela continue par une femme qui s'est fait voler ses bijoux, emprunter de l'argent jamais remboursé, par un mari qui a vécu 6 ans à ses crochets. Une belle histoire d'amour qui finit en calvaire. Déjà 18 mois de procédure, et la perspective d'un divorce conflictuel, suivi de longues procédures civiles pour récupérer ses biens. Six ou dix ans pour terminer, six ou dix ans de contrariétés et de frais.

Deux séances en présence des médiateurs et la perspective d'un divorce amiable, concrétisé quelques semaines plus tard.

On pourrait continuer.

La médiation est-elle magique ?

Non, au contraire de la Justice, la médiation n'est seulement pas sacrée.

Aller en justice, c'est demander à la Société de reconnaître que l'on a raison. Au-delà de la solution au conflit, le justiciable cherche une consécration. Pour cela, il faut nécessairement que l'autre ait tort, et tout est bon pour le prouver.

Dans un divorce conflictuel, le moment le plus difficile est de lire les conclusions de la partie adverse — parce que l'on est nécessairement adversaires. L'ardente obligation d'avoir raison en droit amène à des abus insensés.

Si l'on ne veut pas concéder la résidence alternée, il faut prouver que l'autre est un mauvais parent, ce que l'on n'avait jamais imaginé avant. La logique du droit, logique de la preuve implacable, entraîne le flot des témoignages de complaisance.

La machine infernale est lancée.

Au contraire, la médiation, c'est la recherche de la solution consensuelle. Personne n'a raison, ni tort, pas de gagnant ni de perdant. Une solution, qui est la bonne solution, parce qu'elle convient aux deux.

Une solution produite par les deux. Une mère qui loue à ses frais une chambre à Grenoble pour que le père de ses enfants, qui habite Paris, puisse les voir à sa guise. Un calendrier de résidence alternée qui panache des périodes de 12 jours avec des périodes de 9 jours. Des solutions inimaginables par d'autres, que les parents ensemble.

Et le médiateur.

Le médiateur, il modère, il apaise, il reformule, il suggère.

Une tension permanente vers la solution consensuelle.

Une ligne bleue à l'horizon, l'accord qui viendra parachever le conflit.

Louée par certains, décriée par d'autres, la médiation familiale progresse parce que ses résultats incontestables sont là. Même si le succès n'est pas certain, le taux de réussite dépasse les 50 %. Et les 50 % de gagnés ce sont de longs mois de familles déchirées, d'enfants otages de batailles rangées.

Alors, derrière la médiation familiale, la médiation devrait s'emparer de la justice civile. La justice prud'homale, le partage des biens, pour ne citer qu'eux sont autant de domaines où la médiation apporterait les mêmes bénéfices que dans la médiation familiale.

lundi 30 mai 2011

Les trois crimes

DSK a commis trois crimes :

Un crime politique

Avec ses antécédents en matière de relations avec les femmes, il devait être irréprochable. Quelle que soit sa culpabilité pénale, sa faute politique est inexcusable, et tous ceux qui l’ont soutenu ont raison de lui en vouloir : il les a trompés. Tout homme politique est le seul responsable de son image. A lui d’éviter qu’elle ne soit ternie.

Un crime sexuel.


Aux Etats-Unis, « sodomy » ne désigne pas seulement la pénétration anale. Dans les expressions comme « sodomy law », loi qui régit les pratiques acceptées ou interdites dans tel ou tel État américain, il faut comprendre « sodomy » comme pratique sexuelle jugée déviante, parmi lesquelles, outre la sodomie pouvaient être comptés la fellation et le cunnilingus. Ces lois, le plus souvent, sont des manières d’interdire l’homosexualité.

En 2003, la Cour suprême des États-Unis a déclaré anticonstitutionnelles les lois de certains États fédérés contre la sodomie. Elles violent le XIVe amendement de la constitution qui protège la vie privée et la liberté des citoyens américains.

Treize États fédérés, situés surtout dans le sud du pays, pratiquaient jusqu’alors des lois contre la sodomie entre adultes consentants, dont quatre condamnaient aussi les fellations : le Texas, le Kansas, l’Oklahoma et le Missouri.

La décision de la Cour suprême n’a pas été mise en place dans les lois locales.
La fellation, même consentante, est une faute pénale dans quatre Etats américains.

Cela explique peut-être mieux certaines réactions.

Les Etats-Unis sont un immense pays, prude et homophobe, qui pourrait s’introspecter d’abord avant de tancer le Monde.

Il a peut-être commis un crime pénal

Peut-être, car, seule, une preuve objective de l’absence de consentement de la victime, pourrait qualifier le crime. Or, on n’a pour l’instant invoqué aucun élément permettant d’établir une trace de violence sur la victime.

L’amalgame est la facilité, il est dans la nature humaine.

C’est ce que pratique le Procureur de New-York qui n’instruit qu’à charge et ne vise que sa carrière politique.

Où sont les voix qui s’élevaient pour défendre le Juge d’instruction, magistrat neutre, qui instruit à charge et à décharge ?

La condamnation pénale de DSK punirait en même temps les trois crimes, la morale serait sauve.

Au-delà du sentiment de dégoût et de gâchis que m’inspire DSK, je m’obstine à défendre la Justice.

Politiquement incorrect

DSK est maintenant vomi à la hauteur de ce qu’il a été adulé.

Quitte à être politiquement incorrect, pouvons-nous faire abstraction des jugements affectifs ou moraux et raisonner sur des faits ?

On sait maintenant que la question centrale de sa culpabilité est l’élément intentionnel de la femme de ménage.

Est-on en capacité de découpler l’intention de cette femme de tout jugement que l’on pourrait porter sur elle ?

Nous avançons ici un scénario –qui n’est qu’une hypothèse parmi 1000- dont la vertu est de montrer que la femme de ménage peut avoir été consentante, sans avoir été une «mauvaise femme». Et que l’acte peut lui avoir fait horreur à posteriori.

Il ne s’agit pas de défendre DSK, il s’agit de dire que sa culpabilité pénale n’est pas avérée par les faits connus, et que la présomption d’innocence –sur la qualification pénale de viol- doit encore jouer en sa faveur.


Hypothèses

La femme de ménage est une brave femme sans arrière pensée

La relation sexuelle a eu lieu


Le scénario possible des dernières minutes

Sa chef demande à la femme de ménage d’aller nettoyer le salon et la salle à manger, qui sont indépendants de la chambre. On ne fait le ménage dans la chambre, qu’après le check-out et à deux femme de ménage, en coinçant la porte avec le chariot.

Elle y rencontre le garçon d’étage, qui débarrasse le petit déjeuner qui lui dit : « Il vient de sortir, je n’ai pas la clé, rends-moi service, va me chercher une tasse sale dans la chambre ».

Bien qu’elle n’ait pas à recevoir d’ordres du garçon d’étage, elle entre dans la chambre, et avance, sans être surprise par les affaires, car elle sait qu’il n’a fait que sortir un instant.

A ce moment là, il sort de la douche nu, et se trouve nez à nez avec elle.

Elle n’avait pas à entrer dans la chambre, elle a commis une faute, pace que le garçon d’étage lui a dit qu’il était sorti. Elle peut se faire virer…sauf si.


Sur l’élément intentionnel

« Ici, on peut virer son salarié à n’importe quel moment sans explication ou presque sauf lorsqu’il y a une affaire de harcèlement sexuel ».

A-t-elle tenté sa seule chance de s’en sortir ?

L’élément intentionnel qui la conduit au consentement peut-être la peur du licenciement.

Elle se donne par peur, mais, peut-être parce que l’acte a été au-delà de ce qu’elle croyait, cela lui fait horreur.


Y-a-t-il eu manipulation ?


Eléments objectifs pour :

C’est le Directeur de l’hôtel qui surclasse DSK
La femme de ménage a été affectée la veille à cette chambre
L’informateur Twitter, alors que personne ne sait qu’il est arrêté

Elément subjectifs pour :

La survenance de l’évènement totalement improbable (trouver une femme en face de soi quand on sort nu de la douche), sur la personne que ça pouvait déstabiliser (on connaît ses antécédents), au moment où il fallait l’éliminer.

Argument contre la manipulation

Elle impliquerait la complicité de 3 personnes de l’hôtel : le Directeur, le garçon d’étage, sa chef, et un équipement de la chambre pour garantir la synchronisation parfaite.

jeudi 26 mai 2011

Le mystère de la chambre double s'éclaircit

Lire d'abord "Le mystère de la chambre double"

La preuve la plus évidente qui discrédite la femme de chambre, mais qui ne permet pas de débusquer un éventuel coup monté, c’est sa motivation à entrer dans la chambre.

Car, s’il est clair qu’on lui a dit de nettoyer la suite, il ne s’agissait que du salon et de la salle à manger qui sont indépendantes, et non de la chambre, pour deux raisons :

- Les femmes de chambre nettoient les chambres à deux, car elles ne peuvent faire le grand lit seules.

- Les hôtels sont particulièrement pointilleux de ne pas envoyer le ménage avant le check-out

Deux hypothèses :

- Soit elle décide seule d’entrer dans la chambre, mais pour quelle raison ? Elle travaille depuis trois ans dans l’hôtel, elle connaît les procédures.

- Soit elle est manipulée par le garçon d’étage, qui lui demande de récupérer quelque chose dans la chambre où il ne peut entrer.


Dans les deux cas, tombant devant l’homme nu, elle a peur d’être licenciée, et il en profite pour la rassurer.

En toute logique, la défense devrait minimiser l’influence du garçon d’étage, pour montrer qu’étant rentrée sans raison, elle ne pouvait avoir que de mauvaises raisons.

N’oublions pas qu’il suffit de convaincre 1 seul membre du jury pour gagner. L’argument est assez fort.

Pour moi, l’hypothèse d’une manipulation de la naïve, notamment via le garçon d’étage, reste plausible.

mardi 24 mai 2011

Le mystère de la chambre double

Au-delà de la qualification criminelle ou morale des actes commis par DSK, qui sont de toutes façons impardonnables, chaque jour révèle des indices nouveaux sur l’énigme, relativement indépendante, de savoir si une force extérieure a essayé de manipuler les faits.

Cette question pourrait avoir des incidences politiques.

D’emblée, nous écarterons toute possibilité pour la femme de chambre d’avoir manipulé la situation.

Une telle hypothèse est trop dangereuse pour l’éventuel manipulateur, car elle éclaterait irrémédiablement à l’instruction. D'autre part, une femme trop séductrice aurait attiré la méfiance de l'intéressé.

La femme de ménage est donc vraisemblablement candide. Nous retiendrons comme plausible que sa culture peule, l’ait amené à subir les assauts, sans manifester la moindre révolte, et que ce n’est qu’après, pendant l’heure qui a suivi les faits, que la prostration a engendré le besoin, spontané ou non, de dénonciation (besoin qui pourrait la faire exclure de sa communauté, tant le rôle des femmes y est abaissé, au point d'y considérer le viol comme naturel et sa dénonciation criminelle)

Si manipulateur il y a, il a agi à 4 niveaux :

- En choisissant une femme résignée par culture.

- En faisant changer d’étage la femme de chambre, la veille du jour, et en lui désignant la chambre

- En introduisant un garçon d’étage dans la suite, pour signaler à la femme de chambre qu’elle pouvait y aller

- Au moment de la décision d’appel à la police (appel réalisé par le Directeur de l’hôtel)

En publiant le plan de la suite, le Parisien, a délivré une clé importante :

La suite est séparée en deux par un couloir, et une porte fermée (à clé probablement)isole la chambre et la salle de bains du salon et de la salle à manger.

Le garçon d’étage était dans le salon, il n’avait pas à entrer dans la chambre. Il fait entrer la femme de ménage dans le salon et la prévient que la chambre est vide. Conforté par le garçon d'étage, elle peut entrer sans précaution particulière, au moment précis où DSK sortait de la douche.

Question : Comment le garçon d'étage savait-il que la chambre était vide ?


Le hasard existe.

Une des formes du hasard c'est la rencontre du besoin et de sa satisfaction. C'est ce que l'on voit surtout dans les dessins animés et les films d'aventure, moins souvent dans la vie. Cette rencontre est ici patente :

1- On cherche à descendre DSK en s'appuyant sur son penchant, probablement maladif, pour les femmes (il le dit lui-même)

2- Pour des raisons évidentes, on doit le coincer aux Etats-Unis, où il ne séjournera plus que ponctuellement à partir du moment où il sera candidat.

3- A ce moment précis, il rencontre une femme, apparemment candide et consentante par culture, à la seconde où il sort nu de sa douche, dans un hôtel où l'on paye -cher- sa tranquillité

Hasard ou nécessité?

En tous cas,la manipulation, si elle était avérée, entacherait ses auteurs, sans disculper l'intéressé de son comportement inexcusable.

mercredi 4 mai 2011

Peut-on concilier lutte contre l'islamophobie et lutte contre l’intégrisme religieux ?

Au cœur des valeurs républicaines se trouve la défense des droits de l’homme notamment ceux issus de la Révolution Française qui sont consignés dans la Convention Européenne des Droits de l’Homme qui a valeur constitutionnelle.

Une liberté importante est la liberté religieuse, et l’exercice de la liberté religieuse, de toutes les religions, suppose que l’Etat ne soit inféodé d’aucune façon à aucune d’elles, c’est ce qui s’appelle la laïcité, et est inscrit dans notre Constitution.

Le terme « laïcité » a été perverti par tous ceux qui ont essayé de l’instrumentaliser. On doit s’en tenir à sa stricte définition : la neutralité de l’espace public et de l’Etat qui assure la liberté des consciences.

La liberté des consciences, c’est que chacun puisse être libre des ses choix religieux ou philosophique, sans que s’exerce sur lui une pression visant à le contraindre.

Tout au contraire, l’intégrisme vise à dicter leur conduite aux personnes au nom de normes extra-légales. C’est la plus grande des entraves à la liberté de conscience. La neutralité de l’espace physique et de l’Etat, est une barrière contre l’intégrisme.

L’introduction dans notre corpus juridique de dispositions spécifiques à telle ou telle religion, comme tout dispositif qui viserait à rendre publique l’appartenance religieuse, favoriserait l’intégrisme, en contraignant la personne à des choix préétablis.

A l’exception de la parenthèse pétainiste, notre République a su défendre ses valeurs fondamentales de liberté, en s’appuyant sur les textes en vigueur. Rien n’indique qu’il faille changer la ligne.

Avec l’accroissement de l’immigration musulmane en Europe de l’Ouest, et l’apparition de la 2ième puis 3ième génération de musulmans en Europe, la théorie de la « Charia parallèle » est apparue, à mi-chemin des formes traditionnelles et radicales. La « Charia parallèle » revendique dans les pays d’immigration, un droit différent pour les musulmans. Mais, contrairement au radicalisme, ce droit différent est limité aux lois personnelles, familiales et financières.

La « Charia parallèle » est un compromis, qui peut-être perçu comme acceptable par certains intellectuels européens, mais qui est en fait une première étape vers de revendications plus radicales.

L’introduction de lois différentes, entraîne l’apparition de leaders politiques qui peuvent radicaliser la situation. La situation en Allemagne est à cet égard significative.

« Les Frères Musulmans » ont parrainé la construction de l'imposant centre islamique de Münich en 1960 Aidés par de larges donations de dirigeants du Moyen Orient tels le roi Fahd d'Arabie Saoudite. Le ministre de l'intérieur de Rhénanie du nord –Westphalie déclare que le centre islamique de Münich a été l'un des quartiers généraux européens des « Frères » depuis sa fondation. Le centre publie un magazine, Al Islam, dont les efforts, sont financés par la banque al-Taqwa. Selon le ministre de l'intérieur du Bade-Wurtemberg, Al – Islam montre explicitement comment les « Frères Musulmans allemands » rejettent le concept d'état laïc. Son numéro de février 2002, par exemple, déclare :

« Dans le long terme, les Musulmans ne pourront se satisfaire de l'acceptation de la loi de la famille allemande, du sol, et du tribunal… Les Musulmans doivent avoir pour objectif un agrément entre les Musulmans et l'état allemand avec pour but une juridiction séparée pour les Musulmans. »

L'un des premiers pionniers des « Frères Musulmans » en Allemagne était Saïd Ramadan, le secrétaire personnel du fondateur des « Frères Musulmans » Hassan al Banna . Ramadan, un égyptien qui dirigea les irréguliers des « Frères Musulmans » en Palestine en 1948 partit à Genève en 1958 et fréquenta l'école de Droit de Cologne en Allemagne, il fonda ce qui est devenu l'une des trois principales organisations musulmanes en Allemagne, the « Islamische Gemeinschaft Deuschland (IGD) » (Société Islamique d'Allemagne) qu'il présida de 1958 à 1968. Cette relation privilégiée avec le royaume riche en pétrole assura à Ramadan un afflux d'argent, qu'il utilisa pour financer le puissant centre islamique de Genève (CIG) et alimenter les comptes de plusieurs activités financières et religieuses. Hani Ramadan, fils de Saïd, dirige actuellement le centre de Genève. Parmi les autres membres du conseil d'administration figure l'autre fils de Saïd, Tariq Ramadan.

Milli Gorüp, qui compte 30.000 membres et peut-être 100.000 sympathisants de plus revendique la défense des droits de la population turque immigrée en Allemagne, pour leur donner une voix dans l'arène politique démocratique en « préservant leur identité islamique ». Mais Milli Gorüb a un autre objectif. Alors qu'il proclame publiquement son intérêt pour le débat démocratique et sa volonté de voir les immigrants turcs intégrés dans les sociétés européennes, quelques dirigeants de Milli Gorüb ont exprimé leur mépris pour la démocratie et les valeurs occidentales.

L'IGD et Milli Görüb s'efforcent d'augmenter leur influence politique et de devenir les représentants officiels de toute la communauté musulmane allemande.

Avec des budgets bien dotés, leurs mosquées procurent des services sociaux, organisent des conférences, et distribuent de la littérature dans tout le pays. Comme l'Office de Protection de la Constitution en Hesse le note :

« La menace de l'islamisme pour l'Allemagne est posée… d'abord par Milli Görüþ et d'autres groupes affiliés. Ils tentent de répandre les vues islamistes dans les limites de la loi. Puis ils essaient d'appliquer… pour tous les Musulmans en Allemagne, une stricte application du Coran et de la sharia… Leur soutien public de la tolérance et à la liberté religieuse doit être traité avec prudence".

En France, les prédicateurs salafites sous l’égide de Taricq Ramadan, dévoient la laïcité pour demander des lois particulières pour les musulmans :

« Du fait de son Histoire et de son système juridique laïque, on aurait pu s’attendre à ce que la France reconnaisse qu’un certain nombre de normes dites « neutres » sont en fait directement issues de l’Histoire chrétienne, et sont aujourd’hui devenues, sans qu’on le veuille, indirectement discriminatoires pour ceux qui ont d’autres références. »

Ils se situent intégralement dans la lignée de la charia parallèle.

On s’aperçoit ainsi que les chemins de l’intégrisme passent systématiquement par la revendication de lois spécifiques, notamment en ce qui concerne les affaires personnelles, familiales et financières.

La laïcité vraie, c'est-à-dire le refus de lois différentes pour les communautés religieuses, est certainement un des meilleurs remparts contre l’intégrisme.

mercredi 27 avril 2011

Taricq Ramadan est-il islamiste?

Le débat qui suit, extrait du journal le Monde, apporte un éclairage particulièrement intéressant sur les visées du prédicateur Taricq Ramadan, souvent accusé de vouloir séduire les intellectuels français par un discours "politiquement correct", alors, que par ailleurs il soutiendrait la promotion de la charia.

Face à Abdelwahab Meddeb, Taricq Ramadan en vient à expliciter ses visées islamistes, tout en développant, par ses talents dialecticiens, un discours séduisant.

- "Le référent islamique n'est pas un obstacle à l'affirmation de valeurs que nous partageons. Il s'agit de valeurs universelles partagées plutôt que de valeurs occidentales qui seraient étrangères à l'islam."

Taricq Ramadan conteste l'universalité des valeurs issues de la révolution française, adoptées par l'ensemble des pays occidentaux dans la Convention européenne des droits de l'homme, qui a valeur constitutionnelle en France.

Ce qui l'appelle le "référent islamique", et qu'il qualifie de "valeurs universelles partagées", c'est clairement la loi coranique, la charia.

On voit bien l'opposition entre deux ensembles "universels" de valeurs, incompatibles, et comme l'universalité porte l'unicité, en rivalité pour s'imposer au monde.

Ceci est particulièrement critique en France, où ses prêches visent à revendiquer, au nom de la laïcité, que les musulmans ne soient pas soumis à nos valeurs universelles qu'il qualifie de chrétiennes.

"Je poserais cinq principes inaliénables à toute nouvelle Constitution : l'État de droit ; la citoyenneté égalitaire ; le suffrage universel ; l'obligation de rendre compte de son mandat ; la séparation des pouvoirs"

Si ces principes paraissent démocratiques, il ne comprennent pas la défense des droits de l'homme (et de la femme)qui sont au coeur des Etats modernes. Dans une Constitution qu'il veut être inspirée par la charia, la défense de la liberté individuelle reste du ressort de la loi coranique et non de l'Etat.


Ce n'est pas parce que ces mouvements ne sont pas islamistes qu'ils ne sont pas islamiques.


D'autres, comme moi, pensent que la charia est une construction humaine qui nous donne des orientations éthiques. Le débat constitutionnel devrait amener à discuter de la substance du mot charia. Au lieu d'évacuer ce référent, donnons-lui une substance critique de l'intérieur.

Il sait parfaitement jouer des mots et des concepts, pour modifier la substance des mots, quand ceux-ci de viennent embarassants.

Voici le débat :

Pour "Le Monde", l'essayiste Abdelwahab Meddeb et le théologien Tariq Ramadan débattent sur la religion dans les révolutions arabes.

Peut-on qualifier de post-islamiques les mouvements émancipatoires que connaissent le Maghreb et le Machrek depuis janvier dernier ? Estimez-vous que la question religieuse n'y a pas été centrale et, si c'est le cas, comment l'expliqueriez-vous ?

Tariq Ramadan : Dans l'ensemble, ces processus ont modifié nos perceptions et nous ont amenés à sortir de la vision simpliste opposant dictature à islamisme radical telle qu'elle était présentée par les dictatures elles-mêmes et vite acceptée par leurs alliés occidentaux. Face à une population mêlant toutes les tendances socio-politiques et qui, sans leadership spécifique, mettait en avant des valeurs de liberté contre la dictature, la corruption et le clientélisme, nos analyses sont parfois passées de la crainte de l'islamisme au déni d'islam. Or ces révolutions sont quand même liées à un référent islamique : elles ne sont pas menées au nom de l'islam mais, pour autant, les valeurs auxquelles elles appellent ne sont pas opposées à l'islam. Le référent islamique n'est pas un obstacle à l'affirmation de valeurs que nous partageons. Il s'agit de valeurs universelles partagées plutôt que de valeurs occidentales qui seraient étrangères à l'islam. Ce n'est pas parce que ces mouvements ne sont pas islamistes qu'ils ne sont pas islamiques. Le référent religieux n'a donc pas complètement disparu du discours ni des rythmes de la mobilisation autour des vendredis.

Abdelwahab Meddeb : Non pas post-islamiques, mais au-delà de l'islam : c'est ainsi que je qualifierai ce qui s'est passé en Tunisie et en Egypte. La question du référent religieux ne s'est pas posée. Ces événements n'ont rien à voir avec l'identité religieuse ou culturelle. Les gens se sont révoltés contre une situation où l'habeas corpus n'était pas respecté. Le minimum de l'intégrité de l'individu n'était pas assuré. Ce soulèvement s'est fait au-delà des identités. Ce n'est pas parce qu'on est musulman qu'on proteste mais en tant qu'opprimé. La protestation s'est exprimée au nom de l'humanité bafouée. Dès qu'on évoque l'espace du sud, on a le prurit du référent qui engendre la différence. C'est d'ailleurs un réflexe occidental que de voir quelque chose d'islamique dans tout événement qui provient des territoires dont la religion dominante est l'islam. Seule a été invoquée la liberté comme principe qui appartient à l'homme, au droit naturel. Certes la culture et la religion de ces pays n'ont pas entravé cet appel à la liberté. Aussi ces mouvements n'étaient ni islamistes, ni islamiques. Ceux qui se sont soulevés ont réclamé leur autonomie d'individu et le droit qu'ils ont sur leur pays, cela même qui leur était refusé par les prédateurs qui les dirigeaient. Ceux qui ont eu l'audace de manifester en affrontant la mort défendaient et réclamaient une même chose : être un homme libre. Ces Arabes auraient pu être des Chinois ou des Birmans. Leur seul référent était le droit à la liberté, à la dignité, à la justice que tout humain revendique. Cela excède la dichotomie Islam/Occident.

Tariq Ramadan : Je mettrais un bémol. Assez tôt, et même en Tunisie, ces mouvements de masse n'ont jamais nié leur référent religieux et culturel. Même si les manifestants ne voulaient pas voir cette révolution récupérée par l'islam politique, tous considéraient que la quête de liberté se faisait à partir de leur histoire, leur culture et leur religion. Les débats internes auxquels on assiste aujourd'hui en sont la preuve même s'il faut reconnaitre qu'il y a un vrai déficit patent d'échange au cœur des sociétés civiles et entre les différents courants politiques et idéologiques (c'est en fait la faiblesse de ces mouvements). Ce qui est remarquable, c'est l'absence de slogans anti-occidentaux ou anti-israéliens dans les manifestations. Il s'agit là de mouvements pour des valeurs, qui se sont mobilisés ni contre ni pour l'Occident mais pour leur liberté à partir de leur histoire et leurs références.

Abdelwahab Meddeb : Il n'y a pas mille manières d'être démocrate. Je ne vois pas pourquoi il faut se distinguer des inventions occidentales. Celles-ci appartiennent à l'humain. Tout candidat, quelle que soit sa langue, sa culture, sa croyance peut les adapter à ce qu'il est. Dans les pays musulmans, depuis les réformistes du XIXe siècle, on reste timoré, on n'a pas cessé de buter sur la volonté d'assimiler les inventions politiques modernes aux procédures qui étaient déjà présentes dans la tradition islamique : c'est ainsi qu'on a assimilé le parlementarisme à la choura coranique qui, dans le meilleur des cas, ressemblerait au conseil consultatif du prince. Ces rapprochements intempestifs et anachroniques n'éclairent pas les concepts mais les obscurcissent. Ces orientations ont été évitées en Tunisie et même en Egypte. Le mouvement parti du peuple a été amplifié par les classes moyennes pour être ensuite relayé par des intellectuels informés des concepts engagés : la liberté, l'égalité, la justice ont été approchées d'un point de vue philosophique, juridique, historique. C'est dans des pays comme le Yémen ou la Libye que ce contenu conceptuel a manqué. L'instinct de liberté se nourrit alors de rudiments cueillis dans une tradition islamique qui ne s'assimile pas à l'islam politique. Le référent provenait plus de la coutume que de la culture lettrée. C'est là qu'on mesure l'immensité de la tâche : quel travail didactique pour apporter du contenu et du sens qui soit en cohérence avec les revendications ! Ces États n'ont pas assumé la vocation de l'État moderne comme instituteur du peuple.

L'émancipation ne se pense donc plus en termes d'arrachement aux cultures d'origine, mais peut s'inscrire dans un ancrage islamique ? N'y a-t-il donc aucun hiatus entre la culture démocratique et la culture islamique ?

Tariq Ramadan : L'appel aux valeurs démocratiques ne se fait pas forcément en opposition avec le terreau culturel ou religieux. Il faut bien comprendre que rien ne se passera en Afrique du Nord ou au Moyen Orient sans débat social, politique, voire économique, qui questionne la place de la religion et son rôle dans les institutions et la sphère publique. Les jeunes générations, même parmi les islamistes, se réfèrent bien moins à l'Iran qu'à la Turquie : ils y voient un pays qui, à partir de son référent islamique, a su intégrer à son modèle politique des valeurs dans lesquelles elles se reconnaissent et qui sont les nôtres. Au Maroc, en Egypte, en Tunisie, au Yémen ou en Jordanie une partie des islamistes est désormais favorable à un État civil. Même la pensée politique des islamistes a évolué au cours des trente dernières années. En admettant que ces valeurs sont issues du terreau même de ces sociétés, nous serons plus respectueux des débats internes qui peuvent mener à des modèles démocratiques endogènes et solides, car perçus comme légitimes.

Abdelwahab Meddeb : A mon sens, ces événements ont précipité l'évolution de toutes les tendances. On est sorti de la fatalité qui oppose la dictature à l'islamisme. Celui-ci, sur le modèle turc, pourrait évoluer vers la "démocratie islamique" à l'instar de la "démocratie chrétienne" dans l'espace allemand ou italien. Le temps nous dira si Qaradaoui est opportuniste ou sincère lorsqu'il se détourne de l'Etat islamique pour recommander un État civil avec un référent islamique, en précisant aussitôt qu'il ne pense pas là à la religion mais à la civilisation. Cette distinction essentielle est au centre de mon oeuvre. Mais elle n'est vraiment opératoire que lorsque l'on sort de l'enclos de son origine. C'est dans un horizon cosmopolitique néo-kantien que cette distinction se féconde. Nous avons à écrire une table commune. Il s'agit alors de discuter à partir de la pluralité de nos civilisations : aux côtés de la Chine, de l'Inde, de l'Occident, l'Islam peut apporter une contribution précieuse. Par exemple, à la fin du Xe siècle, le soufi Tirmidhi nous a légué Le livre de l'impossibilité de la synonymie, qui invente une éthique de la nuance. Aujourd'hui, il serait utile de rappeler les nuances et les états psychologiques qui distinguent "controverse" et "confrontation", "se faire justice" et"se venger"... La Constitution à venir ne relève pas seulement du droit mais aussi de l'éthique. Elle est éclairée par l'expérience des nations.

Quels devraient être les principes constitutionnels de ces États issus des révolutions arabes ? Quelles sont les valeurs fondamentales qui doivent primer après la destitution des dictateurs ?

Tariq Ramadan : Dans Le face à face des civilisations, en 1994, j'abordais déjà cette qualification problématique d'État islamique. Aujourd'hui, dans les sociétés majoritairement musulmanes, les révolutions n'appellent pas à un État islamique. Le débat porte sur la distinction entre des principes clairs et des modèles souples. Les modèles historiques qui vont émerger en Tunisie, en Égypte, au Yémen ou en Libye (et j'espère partout ailleurs dans le monde arabe) ne se décident pas de l'extérieur ; ils sont le produit de ces sociétés, avec leur histoire, leur culture et leur psychologie collectives. Je poserais cinq principes inaliénables à toute nouvelle Constitution : l'État de droit ; la citoyenneté égalitaire ; le suffrage universel ; l'obligation de rendre compte de son mandat ; la séparation des pouvoirs. Quel que soit le modèle historique dans lequel ils s'inscrivent, ces principes ont une valeur universelle. Si le fait religieux peut être invoqué dans des transformations politiques, c'est pour poser la question éthique des finalités. Les composantes de la société doivent s'interpeler sur leur éthique respective : c'est ce qui fait le substrat d'une nation. Une nation, c'est le débat constructif des éthiques et des finalités au sein d'un état respectant. Il n'y a rien en Islam qui s'oppose à la distinction entre le pouvoir d'en haut, lié au fait religieux, et le pouvoir négocié, le processus de l'État démocratique et sécularisé. Au Maroc, en Tunisie, en Égypte, en Jordanie, au Yémen, on utilise le concept de dawlat madaniah, Etat et pouvoir civil. Dans le monde majoritairement musulman, en effet, les notions de sécularisation et de laïcité ne sont pas liées à un processus de libération et de démocratisation. Ben Ali, Bachar el-Assad, Saddam Hussein, Moubarak et même Atatürk vont imposer des modèles de laïcité qui sont des dictatures où l'Etat se sépare du religieux pour mieux le contrôler et le soumettre. La sécularisation est historiquement associée à la colonisation ou à la dictature dans le monde arabe, il faut s'en souvenir et espérer que les débats actuels permettent d'accéder à des modèles endogènes réellement démocratiques et ouverts.

Abdelwahab Meddeb : Nos sociétés sont structurées par deux notions : république et démocratie. La tradition française accorde le primat à la république ; c'était aussi le cas en Tunisie avec Bourguiba et en Turquie avec Atatürk. Dans ces deux pays, l'Etat a été instructeur du peuple, comme le veut Rousseau. La politique coercitive de modernisation a fini par métamorphoser le corps social dans l'absence de liberté. En Turquie, même la diversité gérée par l'Empire ottoman a été évacuée par la république, amenant la non-reconnaissance du génocide arménien et de la spécificité kurde. L'opération menée par Erdogan a consisté à inverser le rapport pour mettre la démocratie au premier rang. C'est dans le cadre d'une société déjà modernisée que l'islamisme a été amené à se transformer en démocratie islamique. Les derniers événements en Tunisie ont apporté le signe manquant de la modernité, de l'ère démocratique en faisant de la liberté une personne vivante, comme l'aurait dit Tocqueville pour l'égalité en Amérique. Dans ces deux sociétés déjà modernisées, la référence à la sharî'a a été exclue de l'édifice juridique. Il faut que le législateur demeure vigilant pour maintenir ce précieux acquis qui donne sa cohérence au droit et qui symbolise la modernisation. Partout ailleurs la référence à la charia est encore explicite. Or il va falloir bien des acrobaties pour concilier l'Etat civil avec le droit divin. Aussi l'édifice étatique se fait-il bancal. Hassan El-Banna, le fondateur des Frères musulmans était cohérent avec lui-même en conviant les pays musulmans qui ont inscrit dans leur constitution l'islam comme religion d'Etat d'adopter la charia comme source du législateur par voie de conséquence.

Tariq Ramadan : La charia est un terme polysémique. Certains, comme l'Arabie Saoudite, en font une lecture littérale. D'autres préfèrent l'interpréter comme une vision des finalités. L'Europe aussi a connu ce débat : fallait-il inclure dans la Constitution européenne le référent religieux, les origines chrétiennes de l'Europe ? Certains, au nom de la laïcité, s'y refusaient ; d'autres voyaient là une source d'inspiration. Dans le monde musulman, on retrouve aujourd'hui le même débat. Certains conçoivent la charia comme un code strictement normatif et divin. D'autres, comme moi, pensent que la charia est une construction humaine qui nous donne des orientations éthiques. Le débat constitutionnel devrait amener à discuter de la substance du mot charia. Au lieu d'évacuer ce référent, donnons-lui une substance critique de l'intérieur.

Ne serait-il pas plus intéressant que ces considérations éthiques inspirent la Constitution, sans y être forcément incluses ? Pourquoi prendre le risque d'inscrire la charia dans la Constitution ?

Tariq Ramadan : On ne résoudra pas le problème en incluant ou excluant des concepts qui participent des références majoritaires d'une société. Il faut engager des débats sur la compréhension et la substance des concepts et des modèles politiques. La séparation des pouvoirs n'est pas en contradiction avec l'islam. Avec ou sans la mention de la charia dans la Constitution, il faut ouvrir un débat sur les principes défendus et ce débat est crucial. Nous sommes dans une période à risque. Certains essaieront bien sûr de récupérer ces révolutions pour imposer des modèles de quasi théocraties littéralistes, d'autres pour suivre les traces de l'Occident, d'autres chercheront une troisième voie : seul le débat critique de l'intérieur permettra l'émergence de sociétés libres et réconciliées avec elles-mêmes.

Abdelwahab Meddeb : Je suis déconstructiviste. En suspendant la référence à lacharia, je renonce à une forme d'identité fabuleuse pour lui substituer des institutions rationnelles qui organisent la cité dans le vivre en commun. Face au discontinu qu'impose l'histoire, je refuse de construire avec la charia la fiction du continu. A chacun sa ruse du droit. La charia veut dire en arabe la voie. Il faut trouver la sortie dans cette voie. Si le réformiste s'empare de la charia où elle est encore inscrite pour la vider de sa substance, je serais son allié. Si sa tâche était de la réintroduire là où elle avait été déjà abolie, cela constituerait un retour en arrière que je combattrais.

Tariq Ramadan : Je suis un réformiste. Pour nous doter d'une éthique appliquée, il nous faut ouvrir un débat entre les savants du texte et les savants du contexte. Et parmi ces derniers, certains ne sont pas du tout musulman. Ce débat critique est le seul moyen de discuter la substance de la terminologique que l'on emploie, dont le mot charia. Entre les pros et les antis, ce terme a été figé. Fétichiser la charia et en constituer un corps de principes sacrés est dangereux, c'est la possibilité d'une théocratie islamique. Mais on ne peut pas évacuer ce terme de la conscience musulmane contemporaine. Il s'agit plutôt d'en critiquer la substance.

Abdelwahab Meddeb : Nous avons à déconstruire la charia comme la marque de l'identité ; celle-ci est une fiction, c'est une construction imaginaire. Pourquoi passer par la logique autre de la charia pour s'acclimater à la liberté, à la démocratie ? Ce serait céder au fétichisme. Comment concilier la souveraineté du peuple avec la souveraineté divine ? Dans le Traité décisif, Averroès évoque la question des emprunts à d'autres cultures. Selon lui, toute invention technique est un acquis pour l'ensemble de l'humanité. Il faut savoir être économe. Nous n'avons pas à réinventer ce qui l'a déjà été. Nous devons même en tant que musulmans remercier les Grecs d'avoir inventé cet "instrument" logique qu'est l'Organond'Aristote. À entendre Tariq Ramadan, j'ai l'impression qu'il s'efforce de réinventerex-nihilo la démocratie en lui imposant l'entonnoir de la charia, alors que l'instrument de la technique politique est à notre disposition. L'Occident a inventé la démocratie ; le corpus qui a présidé à sa naissance est un acquis pour toute l'humanité : à nous de le développer, de l'enrichir, de l'adapter par rapport à ce que nous sommes. Les Lumières n'appartiennent plus à l'Occident. Elles sont la propriété de l'humain.

Tariq Ramadan : Citer Averroès comme représentatif de la tradition musulmane, c'est une vision très occidentale ! Je préfère pour ma part me référer d'une multitude de penseurs dont Shatibi, juriste andalou du XIVe siècle qui envisage toute la philosophie du droit musulman au niveau des finalités et de l'éthique. Le seul moyen de se décomplexer, ce n'est pas seulement d'assumer nos emprunts, c'est d'engager un débat critique avec la terminologie qui est la nôtre. Dans le monde majoritairement musulman, il s'agit aujourd'hui de comprendre que des valeurs universelles proviennent de cultures et de sociétés différentes. La promotion de ces valeurs inaliénables peut se faire au nom de ma compréhension de la charia. N'est-il pas possible, selon vous, que des sociétés majoritairement musulmanes soient inspirées par des références religieuses et, en même temps, produisent une société démocratique fondée sur des droits humains, avec pour finalités la justice, la dignité et l'égalité des hommes et des femmes ? Ou faut-il que ces sociétés se démarquent du référent islamique pour y parvenir ?

Abdelwahab Meddeb : Je suis assez souverain pour n'avoir pas de complexe à l'égard du référent occidental. Shatibi lui-même s'inspire du droit romain avec son concept cardinal de maçlaha, cette utilitas à qui il accorde la priorité sur les principes dans sa démarche juriprudentielle. Il n'y a pas de matière pure. Les grandes idées circulent entre les langues et les humains. Pour forger sa grandeur, l'islam s'est inspiré des Grecs, des Latins, des Indiens, des Perses, des Chinois. Les Européens ont été éduqués par l'Islam. Je peux en effet lire le Coran éclairé par les principes des Lumières. Mais pour ce faire, il convient d'enregistrer une rupture épistémologique. Par exemple, les versets 42-50 de la Ve sourate ont constitué pour le législateur soumis à la logique de la charia les fondements de la loi sur les dhimmis, celle qui donne statut de protégés aux adeptes des autres monothéismes, pour que leur présence dans la cité soit reconnue dans leur infériorité même : "Si Dieu avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais il voulait vous éprouver en ses dons. Entrez en course pour les bonnes œuvres vers Dieu". Maintenant que le statut de dhimmi a été rendu obsolète par l'égalité citoyenne, je lirai ce texte tout autrement. A partir de lui, il est possible d'élaborer une théologie des religions qui instaure une convivance entre les croyances dont le critère serait l'émulation éthique dans un accès égal à une vérité tremblant vers l'indécidable. Ce fragment coranique serait alors annonciateur de la parabole des trois anneaux que reprend Lessing de Boccace pour illustrer la tolérance dans Nathan le sage, drame dont les protagonistes en la pluralité de leurs croyances se croisent au cœur de la cité islamique.

Tariq Ramadan : Comment défétichiser ce concept de charia ? Ce n'est pas en le faisant disparaître d'un texte de loi ; c'est en le soumettant à la critique.

Abdelwahab Meddeb : Mais comment gérer alors l'hétérogénéité des sources du droit ?

La lettre même du Coran prédispose-t-elle à une lecture intégriste ? Le statut de la femme, notamment, semble en contradiction avec les principes républicains ou la "citoyenneté égalitaire" dont Tariq Ramadan faisait pourtant un principe inaliénable ?

Abdelwahab Meddeb : Les passages du Coran sur les femmes qui nous choque ont des équivalents dans la Bible. Ce n'est pas une invention coranique. Le statut de la femme est même plus avancé dans le Coran que dans la Bible. Le problème, c'est que les sectateurs de la Bible ont pour la plupart dépassé l'approche littérale. Tandis que beaucoup de lecteurs musulmans (et pas seulement islamistes) lisent encore le Coran selon une permanence qui fait perdurer le contexte patriarcal du temps de son émission. Or, aujourd'hui, nous sommes très loin du patriarcat. Les jeunes qui se sont révoltés l'hiver dernier en Egypte et en Tunisie ont été les éducateurs de leurs propres pères. Une partie du Coran est obsolète et à neutraliser par le retour au contexte. L'historisation me paraît essentielle dans l'approche du texte coranique. Un grand nombre de musulmans participent aujourd'hui à l'islamologie comme science internationale, ils optent pour une démarche historicisante et philologique. Il faudrait que les résultats de ces recherches passent du studio d'études au sens commun. Il y a un travail didactique à faire. Serait-ce là une des tâches futures de l'Etat à venir qui assumerait la fonction d'instituteur du peuple comme le voulait aussi Condorcet ?

Tariq Ramadan : Ces questions ont été largement instrumentalisées. Les traditions chrétienne, juive ou bouddhiste contiennent elles aussi des textes qui peuvent paraître choquants à l'aune de nos valeurs actuelles. Dans le cas de l'Islam, cependant, on fait fi de toute une tradition de contextualisation. On se permet de figer le texte comme s'il n'avait pas été interprété au fil de l'histoire.

Comprenez-vous que certaines pratiques musulmanes puissent choquer ?

Abdelwahab Meddeb : Oui, notamment que certaines mosquées débordent dans la rue… L'intégration suppose le respect des lois de l'hospitalité. Elle implique la discrétion, la distinction entre l'agora et la demeure. La manifestation ostentatoire de la croyance peut être perçu comme une provocation, comme un appel à la conquête, au prosélytisme, comme une atteinte à la liberté d'autrui. Au cours des trente dernières années, les islamistes ont lancé des attaques très violentes contre les laïcs. Sous le titre de Laïcs et traîtres, le Tunisien Muhammad Moro, a voulu montrer que les laïcs préparaient le terrain pour l'impérialisme culturel et politique. D'après l'Egyptien ex-Frère musulman, prédicateur sur la chaîne qatarie Al-Jazira, Youssef Al-Qaradaoui, en plus fondateur du Conseil européen des fatwas et de la recherche, "la laïcité accepte le droit positif, qui n'a ni histoire, ni racine, ni acception générale, et récuse le droit musulman que la majorité considère comme la loi divine... Le laïc qui refuse l'application du droit musulman est un apostat." Or, dans la lettre de la charia, l'apostat est condamné à la peine capitale. Alors comment interpréter la référence de Qaradaoui à l'État civil, dont nous avons parlé plus haut ? Marque-t-elle un retournement spectaculaire ? Est-ce une révolution copernicienne ? Une palinodie ? Ou simplement paroles de circonstance pour prendre à temps le train de la révolution et le détourner pour son propre compte lorsque la conjoncture s'y prêtera ?

Tariq Ramadan : J'attends des politiques qu'ils arrêtent d'instrumentaliser la question de l'Islam pour créer de l'altérité, ce qui est le fait des populistes. Les gouvernements européens disent n'avoir aucun problème avec la grande majorité des musulmans : ils respectent la loi, ils parlent la langue du pays et les sondages indiquent que les musulmans britanniques et français se sentent appartenir à leur pays. Pourtant, à l'heure actuelle, on fonde plus facilement une mosquée avec de l'argent saoudien qu'avec des fonds issus des collectes récoltées par des Français de confession musulmane. On ne leur fait pas confiance, on les surveille. La laïcité, ce n'est pas le contrôle de l'islam français, c'est l'arbitrage et l'autonomisation de l'islam au cœur de la République.

De l'homosexualité à la lapidation des femmes adultères dans certains pays islamiques, la question des mœurs semblent être la plus délicate et permet de nourrir chez certains l'idée d'un antagonisme des civilisations…

Abdelwahab Meddeb : En Égypte ou en Tunisie, les gays existent, ils se défendent. C'est là un état de fait qui devrait être reconnu en droit. La notion d'habeas corpus demande à être adaptée en Islam où la liberté au sens où l'entendait Stuart Mill trouve difficilement sa place. Il faut dénoncer le mal de "la tyrannie de la majorité". Il convient de tracer une limite à l'ingérence de l'opinion dans l'indépendance de l'individu. C'est tout aussi important que de se prémunir contre le despotisme politique. A cela, il importe d'insister sur l'universalité de la déclaration des droits de l'homme et être vigilant défenseur en contexte islamique fétichisant la chariades articles XVI qui défend la liberté de mariage sans restriction de race, de nationalité, de religion et l'article XVIII qui stipule la liberté de pensée, de conscience, de religion, impliquant la liberté de changer de religion. Toutes ces dispositions entrent en conflit frontal avec la lettre de la charia. Ces articles constituent pour nous les signes d'une modernité donnant à la liberté le statut d'une personne vivante qui a projeté son ombre sur la scène du printemps arabe.

Tariq Ramadan : En termes de comportement sexuel, rien ne distingue l'islam de la tradition chrétienne, juive ou bouddhiste. L'interdiction musulmane du comportement homosexuel est la norme, mais comment gérer la réalité ? La question est celle de l'éducation. Il faut faire évoluer les comportements, apprendre à respecter les autres, leur identité et leurs choix, et suspendre le jugement sur l'être : "Dieu seul le sait"… La notion de liberté n'est pas une notion nouvelle en Islam. Tous les grands savants de l'Islam sont passés par la prison. Il y a une tradition de liberté intellectuelle, de contestation. Le problème tient plutôt à la liberté sexuelle et à la morale personnelle. Je suis, à titre personnel contre le port du niqab ou la lapidation des hommes et des femmes adultères, mais je veux faire évoluer la doctrine à l'intérieur, sinon rien ne changera. D'ailleurs, sur ce point le discours occidental a changé : au Moyen-Âge, le musulman et l'arabe incarnaient la permissivité, la luxure, les mille et une nuits. Au XIXe siècle, ils représentent le prohibitif. On est passés du harem au niqab selon les intérêts idéologiques du moment : le musulman devant représenter l'autre, l'altérite par excellence. Sur le plan des mœurs, la liberté est sans doute une notion problématique dans les pays majoritairement musulmans : c'est un fait indiscutable et il faut en faire la critique.

Considérez-vous que l'Europe en général, et la France en particulier, traverse un moment islamophobe ?

Abdelwahab Meddeb : L'islamophobie est au fondement de l'identité européenne. Depuis la Chanson de Roland jusqu'au Mahomet de Voltaire, l'Europe s'est construite par rapport à l'Autre islamique et à travers son rejet. Nous avons désormais à vivre ensemble, sans occulter cette mémoire mais en l'étudiant de façon pédagogique. La France, par ailleurs, n'a pas fini d'instruite le dossier algérien. Il reste un énorme contentieux à épurer par la pédagogie et non par l'occultation.

Tariq Ramadan : Léopold Weiss, ce diplomate juif converti à l'islam, considérait que la relation de l'Occident avec l'Islam était marquée par le traumatisme infantile du Moyen-Âge. Car l'Europe s'est construite dans l'identité négative. La France n'est pas sortie de son rapport de colonisateur. Ce phénomène renvoie à plusieurs facteurs : en France, la question religieuse a toujours produit du passionnel, indépendamment de l'islam ; d'autre part, la mondialisation a déclenché une crise identitaire ; enfin, nos perceptions sont en retard sur les réalités : les enfants de l'immigration sortent du ghetto, ils ont une nouvelle visibilité et la réussite de l'intégration suscite des crispations. On s'attaque alors aux symboles : niqab, foulard, minarets… Par ailleurs, on assiste à une normalisation du discours populiste en France et en Europe qui est aujourd'hui utilisée à gauche comme à droite. L'islamophobie est un nouveau racisme qui s'installe et mine l'Europe et tout l'Occident : il appartient à des intellectuels et à des politiciens courageux d'oser le reconnaître et de le combattre plutôt que de faire profil bas ou de jouer la surenchère à des fins électoralistes.

Abdelwahab Meddeb : Pour revenir au Mahomet de Voltaire, ce serait une bonne chose de l'enseigner. On découvrirait le rapport entre fiction et histoire. Et au-delà de l'islamophobie, cette pièce démonte la machine qui produit les fanatiques. Pas mal de ses vers s'appliquent aux islamistes terroristes. Le lecteur découvrira in fineque la matière islamique n'est qu'un détour emprunté par le dramaturge pour s'en prendre au fanatisme catholique qui sévissait à son époque.

Lire l'article de présentation de Nicolas Truong

dimanche 10 avril 2011

Nous nous sommes rencontrés au marché !

Ils s'y sont tous rencontrés. L'avocate avec le Commissaire aux comptes, la juge avec le médecin, le patron d'entreprise avec la comédienne. Ils s'y sont tous rencontrés, mais nul ne veut l'avouer. Des périphrases alambiquées viennent désigner le lieu où ils se sont vus la première fois.

La recomposition accélérée des couples a considérablement augmenté la fréquentation des sites de rencontre sur Internet, qui, par un juste retour du sort, sont eux-mêmes un puissant vecteur de mutation. Les couples sont d'autant plus fragilisés que les perspectives de recomposition sont faciles.

En quelques années, les espaces de rencontre sont devenus un élément essentiel de la recomposition du paysage familial. Et, d'autant plus importants, qu'ils ouvrent des champs nouveaux aux personnes d'un âge qui n'avaient jusqu'alors aucune possibilité de briser leur isolement.

Tous s'y sont mis, mais aucun ne l'avoue.

L'efficacité coexiste avec la honte. Surtout chez les femmes, qui ne peuvent se départir de l'impression de se « vendre ».

Car pour trouver son alter ego sur un espace rencontre, il faut savoir se vendre. Enfin, pas plus se vendre que lors d'un entretien d'embauche. Mais l'idée, pour une femme, de mettre en avant ses qualités, lors d'une rencontre d'une heure dans un café, va à l'encontre d'une tradition culturelle où le fait de se valoriser était inconvenant.

Pourtant, les sites de rencontre permettent aux femmes de faire jeu égal avec les hommes dans ces duos de recrutement synallagmatiques. L'homme doit se vendre à la femme autant que la femme à l'homme, et l'issue de l'entretien est impitoyable. Car contrairement aux procédés séculaires de mise en relation, les sites de rencontre se caractérisent par des éliminatoires multiples et rapides comme préliminaires à un début de relation. Cette multiplicité des entretiens préalables permet sans doute de mieux cibler le choix en élargissant la palette de l'offre. Un économiste pourrait parler d'un véritable marché, car tout acteur est confronté à une offre et une demande multiple, qui crée la transaction à son juste niveau.

C'est justement cette mercantilisation qui fait peur. Ne se fait-elle pas au détriment du sentiment qui est à l'opposé de tout système de marché ?

En inventant l'ordinateur, Alan Turin ne se doutait pas qu'il jouait à l'apprenti sorcier en fournissant l'outil qui allait faire évoluer la société dans ses structures les plus profondes.

Mais l'outil ne fait que répondre à un besoin. Et si contrairement aux apparences, la recherche profonde était plutôt de mieux former son couple, pour éviter qu'il ne dissolve trop vite ?

dimanche 3 avril 2011

Ne débattons plus de laïcité !

La laïcité, en soi, n’est pas un véritable sujet de débat, car personne ne la conteste. La reconnaissance de la liberté de conscience et de culte va de pair avec la neutralité de l’espace public. Les religions et les cultes, ne peuvent être entravés, sauf s’ils viennent peser sur la liberté de conscience des citoyens. C’est la loi de 1905, complétée par la Constitution de 1958 et la Convention Européenne des Droits de l’Homme.

Associée à cette institutionnalisation constitutionnelle unanimement reconnue, vient toute une série d’interprétations, plus contestées, qui auraient dû rester dans l’ordre judiciaire.

Ainsi, le port d’insignes religieux ostensibles peut être interdit par des règlements, s’il donne un caractère religieux à une institution, publique ou privée, qui se veut neutre.

Le cas de la crèche Baby-loup paraît indiscutable, et ne nécessite aucune nouvelle loi.

Le retour au législateur ne s’impose que quand les juridictions de dernier ressort légifèrent à sa la place, ce qui avait sans doute été le cas pour le Conseil d’Etat sur le port du foulard à l’école.

La loi sur la burqa, est différente, c’est une instrumentalisation par le pouvoir politique de la laïcité, même si une loi générale sur la dignité de la femme, n’est pas inutile.

Emmenée par le débat sur la laïcité, la demande de révision de nos normes juridiques prend une tournure inquiétante. Elle traduit une revendication clairement salafiste.

L’argumentation est simple :

« La plupart des normes actuelles sont issues de l'histoire chrétienne, et cela a un impact parfois discriminatoire sur les nouveaux venus, il va s'agir d'atténuer ces effets éventuellement discriminatoires pour certains individus. Il y a deux solutions : soit la France choisit clairement de rester "à tendance catholique" en "tolérant les autres religions", comme dans d'autres pays européens, soit elle assume la laïcité qu'elle s'est votée le siècle dernier en appliquant à tous les lois de la même façon ».

Cet ultimatum, à vocation uniquement culpabilisante, demandant à la France de quitter son statut « catholique », aurait pu avoir cours avant 1905, mais que veut-il dire aujourd’hui ?

Si l’on exclut la parenthèse de Vichy – qui a établi un véritable système discriminatoire-, si l’on exclut les statuts de la femme jusqu’en 1945, il faut remonter loin dans notre Histoire pour trouver des lois discriminatoires.

De telles lois, si elles existaient pourraient maintenant être attaquées sur le plan de la constitutionnalité, et être annulées. Notre système juridique est donc protégé contre les dispositions discriminatoires.

Ceci ne nous met pas à l’abri pas des comportements individuels : l’arabophobie a remplacé l’antisémitisme dans les comportements inciviques de masse. Les dispositifs juridiques sont pourtant là pour sanctionner, mais la loi ne fait pas toujours l’ordre.

Mais, la question de la discrimination supposée de notre système juridique, procède d’une constatation bien différente, celle qu’une religion minoritaire et récente dans un pays, est « moins bien traitée » qu’une religion implantée depuis des siècles. Il y aurait donc une discrimination « de fait » entre les religions, qui se serait institutionnalisée en discrimination « de droit ».

Il faudrait donc, en conséquence logique, « atténuer les effets discriminatoires pour certains individus ».

On a compris que sous couvert de laïcité et de loi de 1905, on demande des décrets d’exception, pour rééquilibrer le poids excessif supposé du catholicisme en France. On crie « pas de communautarisme ! », pour mieux appeler le communautarisme.

Le débat sur la laïcité est un faux débat, nos normes juridiques sont amplement complètes, elles doivent être appliquées en l’état, elles n’ont pas besoin d’être amendées.

Comme tout faux débat, le débat sur la laïcité ne fait qu’ouvrir la voie à tous les intégrismes !