Je devais inscrire un conducteur additionnel sur mon assurance de voiture. Je téléphone une première fois, on me dit qu’il faut sa date de naissance. Fort de cette date, au deuxième coup de téléphone, une personne différente ne me la demanda pas, mais requit son numéro de permis que je n’avais pas. Au troisième coup de téléphone, une troisième personne ignora les deux premières informations, pieusement collectées, pour exiger le certificat de son dernier assureur.
On peut avec certitude assurer que, sur les trois personnes appelées au téléphone, deux ont dit n’importe quoi, sur le ton docte de celui qui détient la vérité.
Voilà un exemple du N’importe-quoi-isme, ce mouvement qui consiste à affirmer n’importe quoi avec la plus grande certitude, mouvement qui se répand dans notre société comme une traînée de poudre.
L’anonymat des interlocuteurs, masqués par un téléphone ou un écran, est un facteur propice au N’importe-quoi-isme. N’ayant pas à faire face au regard surpris ou réprobateur de leur interlocuteur, ils peuvent affirmer, de bonne foi, la première chose qui leur passe par la tête, sans prendre la peine de la vérifier. Le doute entraîne la certitude. Moins vous êtes assuré, plus votre ton doit être péremptoire, pour mieux convaincre.
L’idée même de client, c'est-à-dire celui avec lequel on va avoir une relation suivie tend à disparaître. Les interactions sont ponctuelles et anonymes. Leur qualité perd d’importance. Seule domine la satisfaction d’avoir clos le dialogue à sa faveur.
Si la multiplication des « hot-lines » a été un terrain fertile du N’importe-quoi-isme, il n’est pas le seul. Les conclusions de certains avocats, en matière familiale, regorgent d’affirmations sur le fait que tel ou telle est mauvais père ou mauvaise mère, quand ce ne sont pas des allégations voilées de pédophilie sans aucun fondement. Le harcèlement est cité dans presque tous les cas de licenciement, comme si, l’énoncé de certains mots, même exempts de faits probants, suffirait à emporter la conviction des juges. La force de l’énoncé pourrait l’emporter sur sa véracité ?
Le « tout télévision » nous a fait définitivement entrer dans l’ère de la forme. Le fond est relégué à l’arrière-plan. Un homme politique peut dire n’importe quoi à la télévision, s’il le dit avec certitude. Nicolas Sarkozy avait annoncé devant 10 millions de français avec la plus grande conviction l’introduction de l’allocation chômage aux fins de CDD, alors qu’elle existait déjà.
Doit-on apprendre à nos enfants à dire n’importe quoi avec assurance ? Si la question peut choquer, on ne pourra pas les tenir longtemps exclus des codes de la société dans laquelle ils vivent.
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