lundi 28 mars 2011

Quand un journal musulman utilise un auteur juif pour parler des musulmans

Le site musulman www.islamenfrance.fr publie intégralement un article d'un auteur qui se veut juif, sous le titre :


CONTRIBUTION D'UN JUIF : "SARKOZY VEUT DOMESTIQUER L'ISLAM
EN FRANCE. BON COURAGE!!!"


Voici l'article intégral du site musulman :

La contribution d’un internaute de confession Juive publiée sur le site www.aschkel.info :

” Sarkozy dit non à l’Islam en France mais veut bien un Islam de France. Son objectif est en quelque sorte de domestiquer l’islam, un peu comme l’avait fait Napoléon avec le Judaïsme, en réunissant le Grand Sanhédrin et en créant le Consistoire. Mais, à la différence de Sarkozy, Napoléon s’en est pris à une petite communauté faible et apeurée, sans aucune prétention missionnaire, qui n’aurait jamais osé dire non à l’Empereur. Il n’en est pas de même de L’Islam en France aujourd’hui.

Le Coran stipule que tout ce qui n’a pas été consigné en son sein est nul et non avenu. Ainsi le Coran ne fait pas mention du Temple des Juifs; par conséquent, il n’a jamais existé. Dans le Coran il est écrit que le Pharaon a demandé à Aman de lui bâtir la Tour de Babel; il en est donc ainsi. Le Coran affirme que la mère de Jésus n’est autre que Myriam, qui se trouve être la soeur de Moïse. C’est comme ça et pas autrement!

De même, tout ce qui est postérieur au Coran, dans la mesure où il n’est pas en conformité avec ce qui est écrit dans Le Livre, n’a pas de raison d’être.

Mahomet est le dernier des prophète, il est le sceau de la prophétie. Ce qu’il a dit, retranscrit dans le Coran, sera ainsi jusqu’à la fin des temps, et toute initiative qui viserait à changer ne serait-ce qu’une virgule du Coran est irrecevable. .

Or que veut Sarkozy? Il veut un Islam de France et non un Islam en France. Il pourrait y avoir, selon lui, un Islam d’Italie et un Islam d’Angleterre et un Islam de Bulgarie; qui auraient chacun leur particularité, et qui, par définition seraient différents les uns des des autres; chacun adapté à la spécificité nationale du pays dans lequel vivent des musulmans.

Ceci est parfaitement illusoire, et de plus, contraire à la nature de l’Islam, dont la vocation est hégémonique et missionnaire, et vise précisément à lisser les spécificités nationales des pays dans lesquels vivent des Musulmans, afin que l’Islam en France soit identique à l’Islam en Angleterre qui lui même ressemblera comme une goutte d’eau à l’Islam de Hollande, et ainsi de suite…

Pour faire simple, l’Islam a pour fonction et mission de transformer le pays dans lequel vivent des musulmans et certainement pas de se faire transformer par lui.

La croisade initiée par Sarkozy est donc vouée à l’échec.

Après les débats malsains sur l’Identité nationale, la chasse honteuse aux Roms, nous voilà partis dans un trip psychadélique pour adapter l’Islam au modèle français. Tout le monde y perdra des plumes, à l’exception de la pasionara Martine Aubry, et surtout de Marine Le Pen qui osera aller plus loin que tout le monde dans la fixation des moyens à mettre en oeuvre, pour tenter d’atteindre le but que se fixe Sarkozy.

Quant au moment, il est particulièrement mal choisi, alors que des Arabes à travers le monde, tentent de secouer les modèles politiques dans leurs pays respectifs.

L’initiative sarkozienne, perçue comme une volonté de mise au pas des Musulmans aura pour résultat de souder d’avantage les musulmans de France, qui ne supporteront pas cette ingérence dans leur foi et leurs affaires. Enfin, c’est ainsi que je réagirais si j’étais Musulman

Un peu de jugeote, Monsieur le Président ”


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lundi 21 mars 2011

La France à l’épreuve de la loi coranique

Il n’y a pas de jour où une nouvelle affaire impliquant une manifestation de la loi coranique ne défraie la chronique ou les couloirs des Assemblées. On peut même se demander si la place de l’islam ne va pas être l’enjeu de la prochaine élection présidentielle. Et pourtant le sujet n’est pas nouveau.

On lira avec un grand intérêt l’article de Patrick Weil, (sur Internet, Le statut des musulmans en Algérie coloniale, Une nationalité française dénaturée in La Justice en Algérie 1830-1962, La Documentation française). Il explique en effet, qu’on a proposé la pleine nationalité française à certains « indigènes » musulmans, qui en avaient le titre, sans en avoir les droits. Ceux-ci l’ont refusée, entre autres, parce qu’on les obligeait à signer le Code Civil dont certaines dispositions étaient contraires à la loi coranique.

Ainsi, voilà cent cinquante ans que l’on tourne autour du problème de la compatibilité de la loi civile française avec la partie « civile » de la loi coranique, car, pour la partie religieuse, la France a donné valeur constitutionnelle à la Convention Européenne des Droits de l’Homme. En particulier, son article 9 qui stipule : « Toute personne a droit (…) de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites », fait que l’exercice de la religion musulmane ne pose aucun problème (sauf de financement de mosquées).

Le nœud du problème se situe donc dans la partie civile de la loi coranique, et tout ce qui touche, notamment, à la place de la femme, l’habillement, l’alimentation. C’est là où les musulmans devraient accepter la loi française.

La pratique laïque française, qui a valeur constitutionnelle, veut que l’espace public doive être neutre, en ce sens, qu’aucune règle régissant l’espace public ne peut être dérivée de considérations religieuses.

En ce sens la religion ne peut influencer ni les menus scolaires, ni le choix du médecin qui examine une femme à l’hôpital, et un organisme qui reçoit du public peut interdire le port d’insignes ostensibles qui nuiraient à sa neutralité.

A ce laïcisme français, vient s’opposer le courant salafite, qui se revendique laïc, sous l’égide de Taricq Ramadan (http://fr.wikipedia.org/wiki/Tariq_Ramadan), et dont Dounia Bouzar en est le versant pratico-pratique. Elle donne des conseils aux familles musulmanes pour qu’elles aillent solliciter les élus (www.saphirnews.com):

« La génération de vos parents estimait être de passage et mettait parfois certains rituels entre parenthèses, le temps de leur immigration. Ils pensaient devoir être discrets afin de respecter « leurs hôtes », puisqu’ils n’étaient pas chez eux. Au contraire, vous estimez être ici chez vous et ne voyez pas pourquoi le droit ne s’appliquerait pas à toutes les religions de la même façon puisque vous êtes des citoyens comme les autres ».

C’est simple, on revisite la laïcité en demandant que la religion musulmane soit intégrée dans les normes françaises au même titre que les normes chrétiennes. Et encore :

« Du fait de son Histoire et de son système juridique laïque, on aurait pu s’attendre à ce que la France reconnaisse qu’un certain nombre de normes dites « neutres » sont en fait directement issues de l’Histoire chrétienne, et sont aujourd’hui devenues, sans qu’on le veuille, indirectement discriminatoires pour ceux qui ont d’autres références. »

La boucle est bouclée. On va utiliser, comme le préconise Taricq Ramadan, qui a une influence considérable en France, tous les dispositifs visant à la non-discrimination, pour faire évoluer les normes sociales françaises, vers la loi civile coranique, en prétextant l’équilibre des religions. Taricq Ramadan, le loup désigné en agneau, selon ses détracteurs, l’intégriste qui se veut laïc.

Louis Schweitzer, ancien pasteur, Président de la Haute Autorité contre les discriminations, est tombé dans le panneau, en volant au secours d’une employée de crèche laïque, licenciée, pour n’avoir pas respecté le règlement intérieur, qui stipulait l’interdiction du port des insignes religieux. Il va de soi qu’une telle interdiction est légale, à moins que les tribunaux ne démontrent le contraire, ce qu’ils n’ont pas fait.

L’angélisme ne doit pas être de mise. L’idée d’utiliser au mieux notre corpus juridique d’essence libérale, pour « coraniser » nos lois, sous prétexte de laïcité, et d’équilibre avec le christianisme, peut se révéler redoutablement efficace. Surtout auprès de ceux qui se sentent coupables vis-à-vis des musulmans.

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d'origine, de race ou de religion ».

L’ « indivisibilité » de l’article 2 de la Constitution vient renforcer la laïcité. Aucune loi, aucun règlement, aucun arrêté, ne peut diviser les français.

En 1941, Paul Grunebaum-Ballin, un laïc avéré, proteste contre « la violation des principes qui se sont progressivement dégagés de la noble tradition multiséculaire de ce pays, de ceux que la Révolution française de 1789 a proclamés et répandus dans le monde » (in Pierre Birnbaum, Les fous de la République, Fayard, 1992).

Ces principes, dont Paul Grunebaum-Ballin, un des co-auteurs de la loi de 1905, reconnaît l’apport chrétien, sont aussi indivisibles. Les préserver est la tâche quotidienne de tous les citoyens français.


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samedi 19 mars 2011

"Bellum enim ultima ratio regis"

Cette devise des rois de France peut être traduite de multiples façons.

Je vous en propose plusieurs:

- "La guerre est, en effet, la dernière raison des Rois" (potache)

- "La guerre comme prérogative suprême des monarques" (royaliste)

- "La guerre est indiscutablement l'argument décisif du pouvoir" (cours de diplomatie)

- "La guerre est la botte secrète pour gagner les élections" (lecteur de Libé)



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lundi 7 mars 2011

Excellente analyse du journal Le Monde

J'ajouterais simplement qu'en votant "virtuellement" pour Marine le Pen, l'électorat déçu de Sarkozy demande qu'il laisse sa place de candidat.

Il faut rapprocher ce mouvement des forces qui ont obligé Sarkozy à ne pas choisir Borloo comme Premier Ministre, comme il le voulait (voir), et qui ont ainsi bouleversé l'équilibre traditionnel de la Constitution.

Sarkozy est un candidat potentiel en sursis.



France
Les trois moteurs de la menace Le Pen



Deux précautions valent mieux qu'une. Le sondage qui a défrayé la chronique durant le week-end en plaçant Marine Le Pen, la présidente du Front national, en tête des intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle est contestable. Les modalités de cette enquête, réalisée par l'institut Harris Interactive, prêtent à l'évidence le flanc à la critique, comme cela est parfaitement expliqué par ailleurs.

Seconde précaution : on ne répétera jamais assez qu'à quatorze mois d'un scrutin, alors que candidats et programmes ne sont pas encore connus, les sondages d'intention de vote relèvent, pour une bonne part, de la politique virtuelle. Ils évaluent des popularités, esquissent des tendances, explorent des attentes. Mais, comme le démontrent tous les scrutins antérieurs, ils ne sont en aucun cas prédictifs du résultat de 2012.

Ces réserves faites, il n'en serait pas moins imprudent ou naïf de se voiler la face : la présidente du Front national a indéniablement bousculé la scène politique depuis le début de l'année et elle constitue désormais une menace sérieuse, aussi bien pour la droite que pour la gauche.

Les indicateurs montrent, en effet, qu'elle a le vent en poupe. A l'exception de la Sofres (18 %), elle dépasse désormais le seuil des 20 % de bonnes opinions, selon tous les instituts, et flirte même avec les 30 % pour Ipsos. De même, à l'automne 2010, elle n'était encore créditée que de 12 % à 14 % d'intentions de vote au premier tour de la présidentielle ; depuis, elle a sensiblement progressé puisque la Sofres la situe aujourd'hui à 17,5 % et l'IFOP à 20 %. Autrement dit, son potentiel électoral rattrape peu à peu son niveau de popularité.

Un palier a donc été franchi. Pour trois raisons. La première tient à Marine Le Pen elle-même, qui a changé de statut et de stature. Celle qui n'était encore, il y a peu, que la vice-présidente du Front national, dans l'ombre de son père, en a pris les commandes avec énergie depuis son élection à la présidence, le 15 janvier, au terme d'une rude campagne contre Bruno Gollnisch.

Derrière la continuité de la "marque Le Pen", c'est beaucoup plus qu'un changement de génération qui est engagé. En quelques semaines, la nouvelle présidente a dépoussiéré sans ménagement la vieille rhétorique dont son père avait usé et abusé. Avec une ambition affichée : effacer l'étiquette d'extrême droite du Front national pour en faire un parti populiste et populaire, comme on en voit prospérer dans nombre de pays européens ; dépasser la seule posture protestataire pour tenter d'incarner un mouvement nationaliste décidé à accéder, un jour, au pouvoir.

Fini donc les nauséabondes saillies antisémites de Jean-Marie Le Pen ; pour sa fille, la Shoah aura été "le summum de la barbarie". Oublié la vindicte anti-gaulliste du fondateur du FN ; sa fille revendique une "conception gaullienne de la politique", capable de "rendre au peuple sa fierté". Ecarté le vague credo libéral du père, au profit d'un réquisitoire contre la mondialisation et "l'austérité sociale" imposée par une Europe "totalitaire", avec deux remèdes : la sortie de l'euro et le protectionnisme garanti par un "Etat fort". Quant au procès de l'immigration, il reste un axe fondamental, mais désormais renforcé par la dénonciation de la menace islamique, au nom d'une stricte application de la "laïcité" républicaine.

Marine Le Pen a hérité de l'animalité politique de son père et de sa combativité. Elle y ajoute une ligne politique assez claire, ce qui la rend nettement plus redoutable. Surtout - et c'est la deuxième raison de ses progrès actuels - quand le président de la République semble, semaine après semaine, s'évertuer à apporter de l'eau à son moulin.

Nicolas Sarkozy l'a emporté en 2007, notamment, en allant chercher les électeurs du Front national sur leur terrain : défense de l'identité nationale, discours musclé en matière de sécurité et d'immigration, valorisation du travail et du mérite qui a redonné espoir à un électorat populaire insécurisé. Faute de pouvoir présenter un bilan flatteur en matière de sécurité et un bilan économique à la hauteur des attentes qu'il avait fait naître, il semble déterminé à prolonger sa stratégie de 2007, mais sur le seul terrain de l'identité nationale et de l'immigration.

Ainsi quand il stigmatise les Roms, quand il promeut un grand débat sur la place de l'islam en France ou quand il justifie un énième remaniement ministériel par les conséquences que les révolutions arabes pourraient avoir "sur des flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme". On ne saurait mieux alimenter les peurs dont Mme Le Pen fait son miel.

Les Français ne sont pas sots, objectent les caciques de la droite : ils savent que le FN ne propose pas de solutions aux maux qu'il dénonce, alors que le chef de l'Etat "pourra faire campagne sur la crédibilité", comme vient de le déclarer François Fillon au Figaro. A tout le moins, c'est prendre ses désirs pour la réalité quand on constate que trois Français sur quatre ne lui font pas confiance, et même près d'un sur deux (48 %) "pas confiance du tout", selon le dernier baromètre Sofres.

Les socialistes, enfin, ne peuvent s'exonérer de toute responsabilité. Ils peuvent clamer en choeur que si Marine Le Pen marque des points, "c'est la faute à Sarkozy". Certes. Mais en reportant à l'automne la désignation de leur candidat, en ne dévoilant, pour l'heure, que les grandes lignes d'un programme aussi "vague" que "vaste", selon le lapsus si révélateur de Martine Aubry, ils laissent le champ trop libre à toutes les surenchères et démagogies entre la droite et le FN. Sans opposer ni imposer leur lecture de la société française, de ses anxiétés et de ses fractures et des remèdes qu'ils entendent y apporter.

Les coquetteries de Dominique Strauss-Kahn ou les prudences de Martine Aubry sont peut-être habiles tactiquement pour ne pas s'exposer trop tôt. Mais elles ne sont pas à la hauteur des enjeux et des attentes.

Email : courtois@lemonde.fr
Gérard Courtois (Politique)
Article paru dans l'édition du 08.03.11


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vendredi 4 mars 2011

La fin des israélites et le début d’Israël

Voir les articles précédents sur la colonne de droite



Par le décret du 17 mars 1808, Napoléon a inventé les israélites, avec l’idée de les faire disparaître par une assimilation exogame (obligation d’un tiers de mariages exogames). Il les a dotés d’une structure d’encadrement par les notables, les consistoires.

Article 1 : Il sera établi une synagogue et un consistoire israélite dans chaque département renfermant deux mille individus professant la religion de Moïse.

On peut dater la fin des israélites au décret du 29 novembre 1941, créant l’UGIF, même si le Consistoire central a pu s’abstraire de cette organisation d’Etat dont la finalité, définie par Hitler, est de faire porter au maximum aux juifs, la charge de leur disparition définitive :

Nous Maréchal de France, Chef de l'État français le Conseil des ministres entendu décrétons :

Article 1er. - Il est institué auprès du Commissariat aux Questions juives une Union générale des Israélites de France. Cette Union a pour objet d'assurer la représentation des Juifs auprès des Pouvoirs publics notamment pour les questions d'assistance, de prévoyance et de reclassement social.


Article 2
. - Tous les Juifs domiciliés ou résidant en France sont obligatoirement affiliés à l'Union générale des Israélites de France.

Les israélites auront vécu 133 ans entre deux décrets visant à les éliminer.

En intégrant les juifs étrangers, en retirant au Consistoire le monopole de la représentation des juifs français, en acceptant la dépendance hiérarchique du pouvoir hitlérien, l’UGIF a sonné le glas des israélites.

Selon Pierre Vidal-Naquet, commentant « Un engrenage fatal », le livre de Michel Laffitte qui fait référence sur l’UGIF : « Je pense plutôt à une « zone grise », selon l’expression de Primo Levi, voire à une « zone crépusculaire ». Une vaste zone grise d’où se détachent un petit nombre de traîtres mais aussi quelques héros ».

La dualité de représentation entre le Consistoire et l’UGIF ouvre la porte à toutes les manipulations.

L’intervention de Kadmi Cohen auprès du Consistoire fin 1942 est significative de l’ambiguïté de la solution visant à transférer tous les juifs dans un état juif pour réaliser la volonté d’Hitler. Le projet de Kadmi Cohen était de sauver les juifs en convainquant les autorités de les aider à fonder leur propre Etat. Il était soutenu par le chef du cabinet civil de Laval, qui avait bien compris qu’il s’agissait d’encourager la formation d’un état indépendant, s’étendant en Transjordanie. Kadmi Cohen avait le soutien des allemands, ou plus probablement, était manipulé par les allemands. Le Consistoire considérait qu’en aucun cas les israélites ne renonceraient à leur nationalité française, et au choix de rester en France.

Le président du Consistoire ayant refusé de le recevoir, Kadmi Cohen écrivit au cabinet de Laval : « Le Consistoire n’a aucune qualité pour représenter les Juifs auprès de l’Etat, il n’a compétence que pour les questions purement cultuelles. », revendiquant à présent ce caractère pour l’UGIF.

Il ne faudrait pas assimiler Kadmi Cohen au sionisme, mais le sionisme ne se détachera jamais du fait qu’il prend, pour grande partie, ses racines dans l’antisémitisme.

L’idée israélite d’une judéité purement nationale, s’était clairement effondrée. Le nationalisme israélien allait progressivement l’emporter. La création de l’Etat d’Israël avec sa « loi du retour » qui donne automatiquement la nationalité israélienne à tous les juifs, allait en faire, sans leur accord, des citoyens binationaux.

Une grande partie des israélites s’instituera laïque, quitte à perpétrer quelques traditions séculaires.

mercredi 2 mars 2011

Quand Sarkozy réécrit l’Histoire des juifs de France

Lire aussi : Le dernier des israélites
Le journal d'un juif de culture


On a vu que l’histoire moderne des juifs de France est dominée par la volonté assimilationniste de Napoléon qui crée en 1808 le Consistoire, assemblée de notables qui pilote la Communauté vers l’assimilation. Ce Consistoire ne cédera ni sur l’endogamie (Napoléon voulait obliger à 30% d’exogamie), ni sur le maintien des traditions religieuses, laissant l’apparence laïque pour tout ce qui était extérieur.

En 1940, malgré les décrets le Consistoire poursuit la collaboration avec Pétain, ami intime de son Président. Le Consistoire essaye de « sauver » les israélites, en désignant les juifs étrangers, comme devant être les cibles principales. Ceci ne s’avèrera que partiellement efficace. Sur ordre de Hitler, tous les juifs doivent rejoindre l'UGIF, adjuvant social de la déportation,et même le Président du Consistoire sera déporté. Cependant, une majorité de la population israélite a pu échapper à la solution finale en fuyant vers la zone libre et en se cachant.

Pour le bicentenaire des décrets (pourtant « infâmes »), 13 février 2008, Nicolas Sarkozy est le premier Président de la République à venir parler devant le CRIF (Comité Représentatif des Institutions Juives de France). De fait, le CRIF s’est substitué au Consistoire, qu’il incorpore en laissant une large place aux juifs d’immigration plus récente.

Cette première venue n’est pas passée inaperçue car c'est là que Nicolas Sarkozy y a déclaré ses idées sur le parrainage des enfants de la shoah. Enfin, revenant sur l'attitude des israélites au début de l'occupation, il leur attribue cette phrase :

" Le seul réconfort qui nous soit permis est celui qui nait d'une confiance inébranlable dans un retour certain au véritable destin spirituel de cette France éternelle, de cette nation porte-flambeau"

ajoutant:

" Tels sont les mots que vos prédécesseurs, fonctionnaires d'Etat, responsables du Consistoire (1), employaient pour supplier les autorités de l'époque de rester fidèles aux principes républicains"

(1)- Ces mots figurent seulement dans la version audio du discours disponible sur le site Présidence de la République

Il m’a d’emblée semblé étrange qu’une telle phrase, demandant un changement complet de politique pour restaurer les valeurs républicaines, figure dans une supplique du Consistoire aux autorités.

Elle ne correspondait pas à la position plutôt réservée du Consistoire qui ne voulait surtout pas heurter Pétain.

L’imprécision sur le ou les auteurs rendait ce texte ipso facto apocryphe.

Je voulus en connaître l’origine exacte.

La teneur de la pétition à Pétain du 18 mai 1941 (in Schwarzfuchs (Simon), Aux Prises avec Vichy : Histoire politique des Juifs de France 1940-1944, Calmann-Lévy, 1999), pétition unanimement signée par ses 43 membres et le grand rabbin de France, conforta mes premières intuitions, quand au hiatus entre le texte cité par Sarkozy et le style du Consistoire, que voici :

« Les français israélites, dans les vicissitudes présentes, se tournent avec une confiance inébranlable vers le glorieux serviteur de la France (..) »

« Les français israélites (…) demandent au chef de l’Etat, qui, en grand soldat et en chrétien fervent, incarne à leurs yeux la patrie dans toute sa pureté (…) »

« Les français israélites, plus que jamais attachés à leur foi, gardent intacts leur espoir et leur confiance dans la France et ses destinées »

D’une façon générale les textes du Consistoire, dénotent un légalisme sans réserve. Le Consistoire, a manifesté une grande prudence verbale, que l’on pourrait même trouver complaisante dans certains écrits.

Nicolas Sarkozy aurait-il inventé la citation pour flatter son auditoire en réécrivant légèrement l’Histoire ?

Car, il n’est pas politiquement correct, pour les juifs d'aujourd'hui, de laisser entendre que le Consistoire aurait été « bienveillant » avec Pétain, même si cette bienveillance était tactique. Le dogme officiel du CRIF est que, même si le Président du Consistoire, était un ami de Pétain qui l'avait vu 17 fois en un an, le fait qu'il ait été déporté, efface tout doute sur la politique menée pendant cette période.

Je découvris par hasard que la citation de Nicolas Sarkozy était en fait extraite d’une lettre, écrite en novembre 1941, de Paul Grunebaum-Ballin, président de section honoraire au Conseil d’Etat, ami proche de Léon Blum, au préfet de la Haute-Garonne qui lui demandait de s’identifier comme juif.

Grunebaum-Ballin, était un israélite laïc, c'est-à-dire presqu’entièrement assimilé.

Dans cette lettre, juste avant la citation :

" Le seul réconfort qui nous soit permis est celui qui nait d'une confiance inébranlable dans un retour certain au véritable destin spirituel de cette France éternelle, de cette nation porte-flambeau"

Paul Grunebaum-Ballin proteste contre « la violation des principes qui se sont progressivement dégagés de la noble tradition multiséculaire de ce pays, de ceux que la Révolution française de 1789 a proclamés et répandus dans le monde » (in Pierre Birnbaum, Les fous de la République, Fayard, 1992).

Ces propos, d’un laïc révolté, tranchent par leur anti-pétainisme avec ceux, beaucoup plus mièvres, du Consistoire.

En politicien chevronné, M. Sarkozy sait parfaitement trouver les mots et les textes qui viennent flatter son auditoire, quitte à ne pas citer leur auteur.

Mais l’Histoire n’est pas le gymnase Japy.

Les faits historiques ne peuvent être inventées pour se faire valoir de ses vis-à-vis. Ceux qui trichent avec l'Histoire, se font toujours reprendre.


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mardi 1 mars 2011

L'ultime israélite

Lire d'abord : Le journal d'un juif de culture


Paul Reboux

A vingt deux ans de distance, les Allemands ont tué les deux amis qui m’ont été le plus chers : Charles Muller et René Blum. Ni Wagner ni Beethoven ne me feront oublier cela.

Jean-Jacques Bernard

On m’a souvent demandé pourquoi René s’était obstiné à ne pas quitter Paris. On m’a dit qu’il avait été fou, plus fou qu’un autre parce que plus exposé, qu’il aurait dû partir ou se cacher et qu’il avait été l’artisan de son propre malheur. C’est bien possible. Ceux qui sont restés n’imaginaient peut-être pas tout ce qui les menaçait, mais ils n’ignoraient pas combien était grande la part de risque. Et pourtant ils restaient. Je puis affirmer, car nous avons vécu pendant trois mois dans une intimité riche en confidences, que René Blum n’était pas fou, qu’au contraire il savait bien ce qu’il faisait et à quoi il s’exposait.

Je puis affirmer que, pendant les trois mois de notre dure captivité à Compiègne, pendant même ce terrible mois de février où René, attaqué par la faim et le froid, ne quittait guère son lit, jamais je ne l’ai entendu regretter d’être resté à Paris, jamais je ne l’ai entendu dire : « Ah ! Si j’avais su !... ».

Cela pourra paraître incompréhensible. Mais je sais que ses camarades de Compiègne me comprendront, car le cas de René est loin d’être unique. Il faut se reporter dans le climat de l’occupation pour imaginer aujourd’hui ces Français de famille juive, accrochés par toutes leurs fibres à la terre de France et qui n’ont pu arracher leurs pieds de la patrie blessée.

Pour beaucoup de ces familles le choix fut dramatique, mais aucun choix ne peut être blâmé quand l’amour de la patrie le dictait : il est aussi grand d’être allé combattre à l’étranger, d’être allé résister en zone libre ou d’avoir voulu rester face à l’occupant comme un défi vivant. C’est ce dernier choix qu’avait René Blum, et il n’ignorait nullement que cela pouvait comporter le sacrifice de sa vie.(…) Il n’était pas indifférent que le racisme hitlérien ait trouvé devant lui un certain nombre d’hommes obstinés jusqu’au sacrifice, comme le témoignage des liens qui attachaient à la France sa population juive.

René Millaud

Il me souvient que, ce matin là, à quelques heures de son arrestation par les immondes sbires de l’abjecte Gestapo, je lui dis au revoir avec, ce me semble, plus d’émotion qu’à l’accoutumée. Et je me rappelle que nous eûmes, sur le pas de la porte, cette ultime conversation :

-René, faites attention. Vous vous montrez trop dans Paris. Les boches vont finir par vous prendre, si même quelque salaud comme nous en coudoyons tous les jours ne vous dénonce pas. Prenez garde !

Et lui de répondre avec cette belle crânerie dont peuvent témoigner tous ceux qui l’ont fréquenté durant ces journées tragiques :

-Que voulez-vous, mon cher René (je suis aussi un René), j’estime que mon devoir est de ne pas me cacher, avec le nom que je porte, ne serait-ce que pour montrer aux Fritz que je n’ai pas peur d’eux !

Georges Pioch

Combien l’ont pressé de partir qui ne cesseront pas de le pleurer !

« Je t’en supplie, René, va-t-en », lui disais-je.

La réponse qu’il me faisait alors, celle qu’à toutes et à tous il a faite : la même toujours, doucement mais fermement la même, elle retentit dans ma mémoire :

« J’étais en Amérique. J’aurais pu ne pas revenir. Je suis revenu pour mon fils. Je reste pour lui. Je suis revenu aussi pour Léon…

-Va-t-en René. Emmène ton fils.

-Emmènerai-je aussi mon frère ? Non…Tu vois bien…Aussi longtemps qu’il sera prisonnier, aussi longtemps je dois rester.

-Mais Léon serait le premier à te supplier de partir.

- Je le sais. Mais je sais aussi que, s’il était à ma place, il ne partirait point. » (…)
Il avait mesuré dans son infamie comme dans sa stupidité le danger qu’il courait. Il n’était pas de ceux qui, pendant quelques temps, se sont bercés de leur propre humanité, sensible et bonne, jusqu’à se dire : « Ce serait trop affreux, trop absurde : ils n’iront pas jusque là, ils n’oseraient pas. »

Il savait qu’ils iraient jusque là ; qu’ils oseraient ! Il savait même qu’ils porteraient –dûment scientifique, méticuleusement organisé- ce « sérieux allemand » dont Henri Heine, discernant dès 1819 les extrémités où nous l’avons vu s’étendre, s’est, je crois, plus épouvanté encore qu’amusé.

Après…Après, c’est-tragique, simple, vrai –le livre si émouvant de Jean-Jacques Bernard : Le Camp de la Mort Lente ; c’est ce témoignage où, pour ceux qui l’ont bien connu,-et le bien connaître, c’était l’aimer,- René vit encore plus qu’il ne survit. C’est lui tout entier, infiniment changé en lui-même, dans ce camp de Compiègne où il ranimait à l’espoir tous ceux qui l’entouraient ; rallumant chez les plus seuls, les plus accablés, cette flamme de l’esprit qui, seule, est la vie ; leur faisant des loisirs et tâchant à les embellir par la présence d’une idée ou d’un art. Il restait là ce qu’il avait toujours été ; ce que certainement, il est demeuré jusque dans l’enfer d’Auschwitz, où, moins cruelle que les hommes, la mort l’a libéré… Ce qu’il n’eut pu cesser d’être : supérieur à la fortune, et trop averti de la précarité de ses faveurs pour n’être pas dédaigneux de la rigueur de ses coups.

Jean-Jacques Bernard : Le Camp de la Mort Lente

Je fis, avec René Blum, deux séances de récitation. Nous recherchâmes ensemble ce que nous savions par cœur et nous pûmes faire ainsi comme un tableau de la poésie française depuis le XVIe siècle jusqu’aux symbolistes. Manquant de livres, sauf un La Fontaine qui fut prêté à René Blum, nous ne pûmes choisir que des poèmes gardés intacts dans nos mémoires. Nous en connaissions assez pour alimenter deux soirées, et même davantage ; du moins le pensions-nous.

Mais la mémoire est comme l’ensemble des facultés de l’esprit. Elle peut s’affiner au début d’un jeûne. Il arrive un moment où elle flanche. J’en fis la curieuse expérience à la dernière de ces séances. Je récitais à mes auditeurs le Booz endormi de Hugo, que je connais si bien que je pourrais le dire en me livrant à n’importe quelle autre occupation, si absorbante fût-elle. Or j’eus deux trous de mémoire brusques et, René Blum, qui connaissait le poème aussi bien que moi, se trouva incapable de me venir en aide.

La première fois, je sautai deux strophes sans que personne ne s’en aperçût ni moi-même. Mais, la seconde fois, je m’arrêtai court. Alors, en attendant de retrouver le fil, je dis à mes auditeurs : « Voici une expérience intéressante. Vous pouvez constater par un exemple vivant l’effet de la privation de nourriture sur la mémoire. » On sourit et l’on applaudit gentiment. Ce fut une détente qui me permit de vaincre l’inhibition qui s’était produite en moi, et de continuer.

Il y eut aussi des séances de chant. Un petit groupe de chanteurs avait pu être réuni. Quelques belles voix se révélèrent. Il fut même question de demander un piano qu’on aurait peut-être pu faire venir de Compiègne. Ce fut une des autorisations que nous songeâmes un moment à faire transmettre au commandant du camp. Très sagement, nous renonçâmes vite à donner suite à de tels projets.

Il était bien inutile d’attirer l’attention sur nos réunions. Il est vraisemblable que, comme la soupe du soir, elles eussent été jugées incompatibles avec le régime d’un camp de représailles. En tout cas, l’expérience ne fut pas faite et, si le commandant du camp eut vent de nos conférences, ce que j’ignore, il ferma les yeux. Je dois dire que, prudents et mis en garde contre les « mouches », nous ne donnions à ces séances aucune autre publicité que verbale et nous ne nous réunissions que dans les chambrées. Nous continuions en outre à proscrire les sujets dangereux et à surveiller nos paroles.

Un soir, René Blum, en terminant devant une nombreuse assemblée une conférence sur les Ballets russes, sujet qui ne se prêtait guère à des écarts de langage, se lança en terminant dans une improvisation virulente. Il considérait comme sa première tâche, comme son premier devoir, de raconter partout ce qu’il avait vu.

« J’irai, mes amis, dire aux États-Unis ce que vous avez souffert. Comptez sur moi. Ce sera mon but unique. »

Le lendemain matin je lui reprochai affectueusement son imprudence. « Oui, me dit-il, douze personnes au moins sont déjà venues me le dire ce matin. J’ai peut-être tort. Je ne laisse facilement emballer. Je ne suis pas toujours maître de moi quand je parle. » Mais il n’y attachait pas d’autre importance.

Nous tremblions pour lui plus que pour d’autres. Il avait soixante-quatre ans. Il était mal portant. Nous le vîmes fin janvier assez souffrant. Nous le pressions d’aller à l’infirmerie. Il éludait la question avec une sorte d’obstination douce et têtue qui nous désolait. Il répétait :

« Je suis le frère de Léon. Cela me crée une situation spéciale. »

À bout de forces, il finit par demander à être dispensé d’appel. Il put rester couché une partie de la journée. Il fallait une autorisation officielle des médecins pour demeurer étendu, faute de quoi on était toujours sous la menace d’une irruption des Allemands ; quelques internés en firent la dure expérience. René Blum, pendant deux ou trois semaines, resta presque constamment au lit. C’était le seul moyen, disait-il, de ne pas souffrir du froid. Il avait froid, il avait faim, comme tout le monde. Nous avions de plus en plus faim et froid.


Georges Wellers

René Blum fut déporté, par le convoi n° 36, le 23 septembre 1942 :

Le groupe des 23 déportables immédiatement, était constitué de «personnalités » que le préfet du Loiret avait enlevées de son propre chef de Pithiviers entre deux déportations et avait transférées à Beaune-la-Rolande pour les sauver. Les Allemands, qui avaient naturellement appris la manœuvre, étaient allés à Beaune-la-Rolande et avaient expédié les vingt-trois déportés à Drancy, pour y être déportés immédiatement. René Blum était de ce monde.

Directement de l’autobus, il fut mené avec ses camarades à l’escalier 2. Ils avaient fait un voyage exténuant de Beaune-la-Rolande à Drancy et, depuis quatre jours, ils n’avaient pas dormi et n’avaient rien mangé. René Blum avait les traits tirés, son beau visage était couvert de poussière, son pardessus était déchiré. Mais il était de bonne humeur : il plaisantait sur son propre sort et exprimait très tranquillement sa conviction que la déportation signifiait la mort pour lui avec ses soixante six ans.

À part lui, j’avais d’autres amis dans la chambre : le vieux docteur Foy, mon camarade de Compiègne ; Albert Ulmo, avocat que je connus également à Compiègne ; Weill-Raynal, un autre avocat que j’ai connu à Drancy, d’autres encore ! Tous étaient âgés, tous décorés de la Légion d’honneur, tous combattants de l’autre guerre, tous étaient exténués, couchés par terre, mais tous avaient un moral excellent. « Alors patron, on se quitte pour de bon ? », me dit avec un sourire malicieux Albert Ulmo.

Le lendemain, on leur tondit les cheveux et les moustaches. Le chapeau aux larges bords de René Blum lui était devenu beaucoup trop grand et la disparition de sa moustache en brosse rajeunissait étonnamment son visage. La matinée avait été consacrée à la fouille. Dans l’après-midi, il regagna la chambre de l’escalier 2. Je le trouvai à moitié étendu sur le matelas sale, encore plus las que la veille par l’accumulation de la fatigue.

Il était toujours serein, plaisantait au sujet de sa tête tondue et de ses moustaches disparues et il parlait avec beaucoup de tendresse de son fils.

Le lendemain à l’aube, je l’ai revu dans la cour entre les barbelés. Quand on commença l’appel des noms des partants, je le quittai et me plaçai à côté de la table devant laquelle passaient les déportés. Le docteur Foy en passant me serre la main sans mot dire ; Ulmo m’a tendu la main en ajoutant avec un sourire : « Adieu, patron ! » Ensuite, ce fut le tour de René Blum.

Les inspecteurs et les gendarmes savaient de qui il s’agissait. Quand son nom fut prononcé, de tous les côtés, j’ai entendu les murmures : « Voilà Blum » « C’est le frère de Léon »; une vingtaine de regards suivait la haute silhouette de René Blum et le voyaient s’approcher de la table. Ma longue habitude des déportations ne m’évita pas une violente émotion. René Blum s’approcha de moi et nous nous embrassâmes. Puis il continua son chemin vers la sortie de son pas lent mais sûr, se tenant droit et le sourire aux lèvres. Le chuchotement des assistants l’accompagna jusqu’à l’autobus.

Plus tard, à Auschwitz, des camarades m’ont raconté que René Blum avait été emmené tout seul par les Allemands, dès la descente du train à Birkenau et qu’ils n’avaient jamais rien su de lui.

Selon des témoins revenus de Birkenau, les SS auraient jeté René Blum vivant dans un four crématoire.


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