mercredi 4 mai 2011

Peut-on concilier lutte contre l'islamophobie et lutte contre l’intégrisme religieux ?

Au cœur des valeurs républicaines se trouve la défense des droits de l’homme notamment ceux issus de la Révolution Française qui sont consignés dans la Convention Européenne des Droits de l’Homme qui a valeur constitutionnelle.

Une liberté importante est la liberté religieuse, et l’exercice de la liberté religieuse, de toutes les religions, suppose que l’Etat ne soit inféodé d’aucune façon à aucune d’elles, c’est ce qui s’appelle la laïcité, et est inscrit dans notre Constitution.

Le terme « laïcité » a été perverti par tous ceux qui ont essayé de l’instrumentaliser. On doit s’en tenir à sa stricte définition : la neutralité de l’espace public et de l’Etat qui assure la liberté des consciences.

La liberté des consciences, c’est que chacun puisse être libre des ses choix religieux ou philosophique, sans que s’exerce sur lui une pression visant à le contraindre.

Tout au contraire, l’intégrisme vise à dicter leur conduite aux personnes au nom de normes extra-légales. C’est la plus grande des entraves à la liberté de conscience. La neutralité de l’espace physique et de l’Etat, est une barrière contre l’intégrisme.

L’introduction dans notre corpus juridique de dispositions spécifiques à telle ou telle religion, comme tout dispositif qui viserait à rendre publique l’appartenance religieuse, favoriserait l’intégrisme, en contraignant la personne à des choix préétablis.

A l’exception de la parenthèse pétainiste, notre République a su défendre ses valeurs fondamentales de liberté, en s’appuyant sur les textes en vigueur. Rien n’indique qu’il faille changer la ligne.

Avec l’accroissement de l’immigration musulmane en Europe de l’Ouest, et l’apparition de la 2ième puis 3ième génération de musulmans en Europe, la théorie de la « Charia parallèle » est apparue, à mi-chemin des formes traditionnelles et radicales. La « Charia parallèle » revendique dans les pays d’immigration, un droit différent pour les musulmans. Mais, contrairement au radicalisme, ce droit différent est limité aux lois personnelles, familiales et financières.

La « Charia parallèle » est un compromis, qui peut-être perçu comme acceptable par certains intellectuels européens, mais qui est en fait une première étape vers de revendications plus radicales.

L’introduction de lois différentes, entraîne l’apparition de leaders politiques qui peuvent radicaliser la situation. La situation en Allemagne est à cet égard significative.

« Les Frères Musulmans » ont parrainé la construction de l'imposant centre islamique de Münich en 1960 Aidés par de larges donations de dirigeants du Moyen Orient tels le roi Fahd d'Arabie Saoudite. Le ministre de l'intérieur de Rhénanie du nord –Westphalie déclare que le centre islamique de Münich a été l'un des quartiers généraux européens des « Frères » depuis sa fondation. Le centre publie un magazine, Al Islam, dont les efforts, sont financés par la banque al-Taqwa. Selon le ministre de l'intérieur du Bade-Wurtemberg, Al – Islam montre explicitement comment les « Frères Musulmans allemands » rejettent le concept d'état laïc. Son numéro de février 2002, par exemple, déclare :

« Dans le long terme, les Musulmans ne pourront se satisfaire de l'acceptation de la loi de la famille allemande, du sol, et du tribunal… Les Musulmans doivent avoir pour objectif un agrément entre les Musulmans et l'état allemand avec pour but une juridiction séparée pour les Musulmans. »

L'un des premiers pionniers des « Frères Musulmans » en Allemagne était Saïd Ramadan, le secrétaire personnel du fondateur des « Frères Musulmans » Hassan al Banna . Ramadan, un égyptien qui dirigea les irréguliers des « Frères Musulmans » en Palestine en 1948 partit à Genève en 1958 et fréquenta l'école de Droit de Cologne en Allemagne, il fonda ce qui est devenu l'une des trois principales organisations musulmanes en Allemagne, the « Islamische Gemeinschaft Deuschland (IGD) » (Société Islamique d'Allemagne) qu'il présida de 1958 à 1968. Cette relation privilégiée avec le royaume riche en pétrole assura à Ramadan un afflux d'argent, qu'il utilisa pour financer le puissant centre islamique de Genève (CIG) et alimenter les comptes de plusieurs activités financières et religieuses. Hani Ramadan, fils de Saïd, dirige actuellement le centre de Genève. Parmi les autres membres du conseil d'administration figure l'autre fils de Saïd, Tariq Ramadan.

Milli Gorüp, qui compte 30.000 membres et peut-être 100.000 sympathisants de plus revendique la défense des droits de la population turque immigrée en Allemagne, pour leur donner une voix dans l'arène politique démocratique en « préservant leur identité islamique ». Mais Milli Gorüb a un autre objectif. Alors qu'il proclame publiquement son intérêt pour le débat démocratique et sa volonté de voir les immigrants turcs intégrés dans les sociétés européennes, quelques dirigeants de Milli Gorüb ont exprimé leur mépris pour la démocratie et les valeurs occidentales.

L'IGD et Milli Görüb s'efforcent d'augmenter leur influence politique et de devenir les représentants officiels de toute la communauté musulmane allemande.

Avec des budgets bien dotés, leurs mosquées procurent des services sociaux, organisent des conférences, et distribuent de la littérature dans tout le pays. Comme l'Office de Protection de la Constitution en Hesse le note :

« La menace de l'islamisme pour l'Allemagne est posée… d'abord par Milli Görüþ et d'autres groupes affiliés. Ils tentent de répandre les vues islamistes dans les limites de la loi. Puis ils essaient d'appliquer… pour tous les Musulmans en Allemagne, une stricte application du Coran et de la sharia… Leur soutien public de la tolérance et à la liberté religieuse doit être traité avec prudence".

En France, les prédicateurs salafites sous l’égide de Taricq Ramadan, dévoient la laïcité pour demander des lois particulières pour les musulmans :

« Du fait de son Histoire et de son système juridique laïque, on aurait pu s’attendre à ce que la France reconnaisse qu’un certain nombre de normes dites « neutres » sont en fait directement issues de l’Histoire chrétienne, et sont aujourd’hui devenues, sans qu’on le veuille, indirectement discriminatoires pour ceux qui ont d’autres références. »

Ils se situent intégralement dans la lignée de la charia parallèle.

On s’aperçoit ainsi que les chemins de l’intégrisme passent systématiquement par la revendication de lois spécifiques, notamment en ce qui concerne les affaires personnelles, familiales et financières.

La laïcité vraie, c'est-à-dire le refus de lois différentes pour les communautés religieuses, est certainement un des meilleurs remparts contre l’intégrisme.

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