lundi 21 mars 2011

La France à l’épreuve de la loi coranique

Il n’y a pas de jour où une nouvelle affaire impliquant une manifestation de la loi coranique ne défraie la chronique ou les couloirs des Assemblées. On peut même se demander si la place de l’islam ne va pas être l’enjeu de la prochaine élection présidentielle. Et pourtant le sujet n’est pas nouveau.

On lira avec un grand intérêt l’article de Patrick Weil, (sur Internet, Le statut des musulmans en Algérie coloniale, Une nationalité française dénaturée in La Justice en Algérie 1830-1962, La Documentation française). Il explique en effet, qu’on a proposé la pleine nationalité française à certains « indigènes » musulmans, qui en avaient le titre, sans en avoir les droits. Ceux-ci l’ont refusée, entre autres, parce qu’on les obligeait à signer le Code Civil dont certaines dispositions étaient contraires à la loi coranique.

Ainsi, voilà cent cinquante ans que l’on tourne autour du problème de la compatibilité de la loi civile française avec la partie « civile » de la loi coranique, car, pour la partie religieuse, la France a donné valeur constitutionnelle à la Convention Européenne des Droits de l’Homme. En particulier, son article 9 qui stipule : « Toute personne a droit (…) de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites », fait que l’exercice de la religion musulmane ne pose aucun problème (sauf de financement de mosquées).

Le nœud du problème se situe donc dans la partie civile de la loi coranique, et tout ce qui touche, notamment, à la place de la femme, l’habillement, l’alimentation. C’est là où les musulmans devraient accepter la loi française.

La pratique laïque française, qui a valeur constitutionnelle, veut que l’espace public doive être neutre, en ce sens, qu’aucune règle régissant l’espace public ne peut être dérivée de considérations religieuses.

En ce sens la religion ne peut influencer ni les menus scolaires, ni le choix du médecin qui examine une femme à l’hôpital, et un organisme qui reçoit du public peut interdire le port d’insignes ostensibles qui nuiraient à sa neutralité.

A ce laïcisme français, vient s’opposer le courant salafite, qui se revendique laïc, sous l’égide de Taricq Ramadan (http://fr.wikipedia.org/wiki/Tariq_Ramadan), et dont Dounia Bouzar en est le versant pratico-pratique. Elle donne des conseils aux familles musulmanes pour qu’elles aillent solliciter les élus (www.saphirnews.com):

« La génération de vos parents estimait être de passage et mettait parfois certains rituels entre parenthèses, le temps de leur immigration. Ils pensaient devoir être discrets afin de respecter « leurs hôtes », puisqu’ils n’étaient pas chez eux. Au contraire, vous estimez être ici chez vous et ne voyez pas pourquoi le droit ne s’appliquerait pas à toutes les religions de la même façon puisque vous êtes des citoyens comme les autres ».

C’est simple, on revisite la laïcité en demandant que la religion musulmane soit intégrée dans les normes françaises au même titre que les normes chrétiennes. Et encore :

« Du fait de son Histoire et de son système juridique laïque, on aurait pu s’attendre à ce que la France reconnaisse qu’un certain nombre de normes dites « neutres » sont en fait directement issues de l’Histoire chrétienne, et sont aujourd’hui devenues, sans qu’on le veuille, indirectement discriminatoires pour ceux qui ont d’autres références. »

La boucle est bouclée. On va utiliser, comme le préconise Taricq Ramadan, qui a une influence considérable en France, tous les dispositifs visant à la non-discrimination, pour faire évoluer les normes sociales françaises, vers la loi civile coranique, en prétextant l’équilibre des religions. Taricq Ramadan, le loup désigné en agneau, selon ses détracteurs, l’intégriste qui se veut laïc.

Louis Schweitzer, ancien pasteur, Président de la Haute Autorité contre les discriminations, est tombé dans le panneau, en volant au secours d’une employée de crèche laïque, licenciée, pour n’avoir pas respecté le règlement intérieur, qui stipulait l’interdiction du port des insignes religieux. Il va de soi qu’une telle interdiction est légale, à moins que les tribunaux ne démontrent le contraire, ce qu’ils n’ont pas fait.

L’angélisme ne doit pas être de mise. L’idée d’utiliser au mieux notre corpus juridique d’essence libérale, pour « coraniser » nos lois, sous prétexte de laïcité, et d’équilibre avec le christianisme, peut se révéler redoutablement efficace. Surtout auprès de ceux qui se sentent coupables vis-à-vis des musulmans.

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d'origine, de race ou de religion ».

L’ « indivisibilité » de l’article 2 de la Constitution vient renforcer la laïcité. Aucune loi, aucun règlement, aucun arrêté, ne peut diviser les français.

En 1941, Paul Grunebaum-Ballin, un laïc avéré, proteste contre « la violation des principes qui se sont progressivement dégagés de la noble tradition multiséculaire de ce pays, de ceux que la Révolution française de 1789 a proclamés et répandus dans le monde » (in Pierre Birnbaum, Les fous de la République, Fayard, 1992).

Ces principes, dont Paul Grunebaum-Ballin, un des co-auteurs de la loi de 1905, reconnaît l’apport chrétien, sont aussi indivisibles. Les préserver est la tâche quotidienne de tous les citoyens français.


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