On se rappelle que si François Mitterrand a été réélu en 1988, c’est qu’il a passé la fin de son septennat, dans une posture impériale, à tacler Jacques Chirac, alors Premier Ministre de cohabitation. Il n’a pas manqué une occasion pour lui montrer qu’il n’était que Premier Ministre, consolidant ainsi sa posture présidentielle, non par l’action, puisque les élections l’avaient dépouillé de l’essentiel du pouvoir exécutif, mais par la réaction.
Dans le même temps, François Mitterrand a émaillé cette période de quelques repères forts comme le premier sommet de la francophonie, l’inauguration du musée d'Orsay ou de l'Institut du monde arabe. La célébration du Millénaire capétien dans la basilique de Saint-Denis venait en écho à la controversée pyramide du Louvre, première touche, depuis des siècles, au travail accumulatif de la lignée royale.
Le duo pharaon/vizir, a marché à merveilles pour permettre la continuité dynastique.
En se laissant imposer François Fillon par son propre parti, Nicolas Sarkozy a innové dans la lecture de la Constitution, et il se retrouve maintenant dans une espèce de cohabitation interne, où il doit trouver ses marques.
Le président Mitterrand avait d’emblée refusé de signer trois ordonnances du gouvernement Chirac, relatives à la privatisation de 65 groupes industriels, à la délimitation des circonscriptions électorales et à la flexibilité du temps de travail. Remarquable mouvement purement tactique, qui posait le Président en défenseur de grands principes, et forçait le Premier Ministre à faire voter les ordonnances par le Parlement.
Nicolas Sarkozy a lui décidé de marquer sa différence en utilisant la polémique déclenchée par son Premier ministre sur les prévisions de Météo France : "Je suis bien conscient des difficultés des automobilistes et des voyageurs qui ont été bloqués pendant de nombreuses heures", a-t-il expliqué en préambule de sa réponse, souhaitant rendre "hommage à tous les fonctionnaires qui ont fait tout ce qu'ils ont pu", prenant le contrepied de François Fillon.
En remettant à sa place François Fillon dans sa fonction d’assurer les transports des français en cas de neige, il marque un point que François Mitterrand n’aurait pas désavoué, même s’il est sans commune mesure avec la manœuvre mitterrandienne. Le coup de semonce vient quand même d’Allemagne, pour bien faire comprendre aux français que, pendant que le premier Ministre ramasse la neige, le Président s’occupe de l’avenir de la France.
Nicolas Sarkozy est dans un merveilleux rôle de composition : le tiendra-t-il encore dix-huit mois ?
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