jeudi 16 décembre 2010

Gare aux baudruches

Le développement exponentiel des média, internet et télévision, notamment, a eu pour corollaire immédiat un appel d’air considérable pour de l’information de toute sorte, spectaculaire si possible.

Le football, en particulier, et les sports en général ont permis de remplir une partie des espaces vides générés par la multiplicité des canaux. Il y a des matches de football tous les jours, des dizaines de fois par jour, et chaque minute du match, chaque but, créé, non seulement un évènement, mais génère de multiples commentaires, analyses ou spéculations.

Si l’on peut dire que la nature a horreur du vide, la glose footballistique, a empli l’espace médiatique jusqu’à saturation. La généralisation des paris ne pourra qu’amplifier encore le phénomène, si tant est qu’il soit encore amplifiable. Même si l’on s’intéresse au football en tant que sport, la quasi-totalité de ce verbe peut être sans risque classé dans du parler pour ne rien dire.

Sans doute pour satisfaire son public, la télévision multiplie les reportages de début de journal sur des relations d’évènements dramatiques, sur lesquels, dans la plupart des cas, on ne sait pas grand-chose. La plupart du temps, il faudrait attendre quelques heures pour pouvoir aborder quelques débuts d’explications. Cela n’est pas un problème : on va demander son avis à un quidam qui passait par là et qui peut apporter une opinion qui ne contribue en rien à la compréhension du sujet. Il parle pour ne rien dire.

Même les grands journaux sont amenés à parler pour ne rien dire. Un titre ronflant sur un sujet qui a été en vogue permet d’attirer un lectorat nombreux : « Réconciliation des Bettencourt : à qui profite l’accord ? », On y apprend, ce que l’on savait déjà. Les choses allaient entrer dans la norme familiale : la famille de la fille, héritière unique, allait prendre la place qui lui revenait, en anticipation, d’un dégagement prévisible de la mère. Seule grande surprise de l’article, on oublie de dire que l’accord profite surtout à la famille qui sort largement grandie du faux pas où elle s’était enlisée.

Notre économie du tout numérique doit inventer de plus en plus de contenus pour remplir les contenants. Puissent ces contenus ne pas être de pures baudruches !

1 commentaire:

  1. JC Guillebaud dans son article "silence aux pauvres" du nouvel obs de la semaine dernière cite le philosophe allemand Peter Sloterdjik qui dénonce dans Der Spiegel "l'anti-populisme frelaté qui tient parfois lieu de pensée aux nantis". Il explique que, "comme dans la Rome décadente" nous vivons dans une république anesthésiée par le "pain et les jeux" et son effet démobilisateur. Plus loin l'analyste explique que ce principe a ses limites et qu'au delà des bulles financière et immobilière, la bulle sociale a atteint les siennes depuis longtemps et que cette bulle sociale enfle.
    Quant aux Bettencourt, dommage qu'à partir d'une situation politico-familiale on en soit arrivé à du poeple. Du pain et des jeux bis.

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