Ils s'y sont tous rencontrés. L'avocate avec le Commissaire aux comptes, la juge avec le médecin, le patron d'entreprise avec la comédienne. Ils s'y sont tous rencontrés, mais nul ne veut l'avouer. Des périphrases alambiquées viennent désigner le lieu où ils se sont vus la première fois.
La recomposition accélérée des couples a considérablement augmenté la fréquentation des sites de rencontre sur Internet, qui, par un juste retour du sort, sont eux-mêmes un puissant vecteur de mutation. Les couples sont d'autant plus fragilisés que les perspectives de recomposition sont faciles.
En quelques années, les espaces de rencontre sont devenus un élément essentiel de la recomposition du paysage familial. Et, d'autant plus importants, qu'ils ouvrent des champs nouveaux aux personnes d'un âge qui n'avaient jusqu'alors aucune possibilité de briser leur isolement.
Tous s'y sont mis, mais aucun ne l'avoue.
L'efficacité coexiste avec la honte. Surtout chez les femmes, qui ne peuvent se départir de l'impression de se « vendre ».
Car pour trouver son alter ego sur un espace rencontre, il faut savoir se vendre. Enfin, pas plus se vendre que lors d'un entretien d'embauche. Mais l'idée, pour une femme, de mettre en avant ses qualités, lors d'une rencontre d'une heure dans un café, va à l'encontre d'une tradition culturelle où le fait de se valoriser était inconvenant.
Pourtant, les sites de rencontre permettent aux femmes de faire jeu égal avec les hommes dans ces duos de recrutement synallagmatiques. L'homme doit se vendre à la femme autant que la femme à l'homme, et l'issue de l'entretien est impitoyable. Car contrairement aux procédés séculaires de mise en relation, les sites de rencontre se caractérisent par des éliminatoires multiples et rapides comme préliminaires à un début de relation. Cette multiplicité des entretiens préalables permet sans doute de mieux cibler le choix en élargissant la palette de l'offre. Un économiste pourrait parler d'un véritable marché, car tout acteur est confronté à une offre et une demande multiple, qui crée la transaction à son juste niveau.
C'est justement cette mercantilisation qui fait peur. Ne se fait-elle pas au détriment du sentiment qui est à l'opposé de tout système de marché ?
En inventant l'ordinateur, Alan Turin ne se doutait pas qu'il jouait à l'apprenti sorcier en fournissant l'outil qui allait faire évoluer la société dans ses structures les plus profondes.
Mais l'outil ne fait que répondre à un besoin. Et si contrairement aux apparences, la recherche profonde était plutôt de mieux former son couple, pour éviter qu'il ne dissolve trop vite ?
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