Pour la première fois, on a l'impression que le premier Ministre s'est imposé au Président de la République en s'appuyant sur les partis.
Le ballet des dernières semaines entre M. Borloo et M. Fillon donne une impression de jamais vu dans les pratiques institutionnelles de la cinquième République.
S'agit-il d'une évolution de la Constitution, dont la lettre, comme la pratique est que le Président nomme le Premier Ministre, en toute indépendance, loin de la pression des partis, comme l'avait voulu le Général de Gaulle, qui avait choisi deux personnalités hors de l'influence des groupes parlementaires. La légitimité de ces deux Premiers Ministres, procédait directement de celle du Président dont ils étaient des émanations.
Même les nominations de cohabitation comme Jacques Chirac et Lionel Jospin doivent être considérées comme celles de personnalités ayant reçu une légitimité directe du peuple par le biais des élections législatives. Candidats des partis ils étaient les élus de la majorité des Français.
Depuis 1958, la pression des partis avait été tenue à l'écart du choix du chef de gouvernement, conformément aux vœux du fondateur de la République.
On vient de s'en écarter, pour la première fois depuis 52 ans.
La rivalité des partis a présidé au choix de M. Fillon.
Si M. Fillon a une reconnaissance des sondages, son choix reste avant tout un choix de son parti face à un candidat issu d'une autre composante de la majorité.
D'ailleurs, l'idée de candidature à Matignon est nouvelle et marque un autre indice de retour à un régime de partis. On a l'impression d'avoir vécu une espèce de primaire par médias interposés.
On pourrait imaginer que dans les futures coalitions gouvernementales, le contrat de législature entre les partis face état de l'affectation de Matignon après une certaine période.
Ainsi, l'ultime paradoxe de M. Sarkozy, dont les multiples initiatives ont fait dénoncer la présidentialisation accrue du régime, est qu'il serait le premier président à rogner sur la prérogative la plus essentielle de la fonction : le choix libre du Premier Ministre quand on détient la majorité parlementaire.
Le Général de Gaulle pensait qu'un Directeur de Cabinet comme Georges Pompidou pouvait gérer la France pendant qu'il gérait les affaires internationales.
M. Sarkozy semble penser qu'un « collaborateur » choisi par le parti dominant peut gérer la France pendant qu'il gère sa campagne électorale.
Comme on pouvait le craindre, au bout de trois ans de quinquennat, le Président n'est plus qu'un candidat.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
N'hésitez-pas à laisser un commentaire