Quelques jours après l'intervention directe des parlementaires dans le choix du Premier Ministre, la Cinquième République prend un coup de canif beaucoup plus sévère, par la déclaration de Mme Martine Aubry, la première secrétaire du Parti Socialiste.
À l'entendre, on comprend que trois poids lourds du Parti Socialiste auraient conclu un accord pour les primaires. Tout le monde se doute bien que cet accord comprend un véritable traité de partage des responsabilités dans le prochain quinquennat. Qui va être Premier Ministre, pour combien d'années, qui Président pour le second quinquennat ?
On peut aussi facilement imaginer que les termes exacts du traité ne seront jamais dévoilés, mais alimenteront d'interminables débats et supputations pendant la durée du quinquennat.
Ce pacte est la conséquence directe du mécanisme des primaires, dont le principe démocratique est incontestable, mais dont l'application se révèle laborieuse. Alors que le premier secrétaire du Parti devrait être le candidat naturel, en l'absence de Président sortant, son statut de challenger finit par lui nuire. François Hollande ne s'est pas présenté aux premières primaires du parti pour la présidentielle 2007 et Martine Aubry qui, visiblement, ne veut pas y aller toute seule, a trouvé la combinaison introuvable, digne d'un Congrès du Parti que l'on veut absolument sauver.
La Cinquième République n'a connu qu'un seul pacte sérieux, le pacte Gaston Deferre — Pierre Mendès-France pour la présidentielle de 1969, à la démission de Charles de Gaulle. Il explicitait le partage futur du pouvoir entre les deux hommes. À Gaston Deferre la présidence, à Pierre-Mendès-France la tête du gouvernement. Ils n'ont obtenu que 5 % des suffrages exprimés. Cela aurait dû ralentir les ardeurs.
La modification institutionnelle proposée par Mme Martine Aubry est majeure, puisqu'on ne choisirait plus une personne, mais un trio, et ce trio serait collectivement responsable de la politique menée en France, pendant cinq ans, quitte à ce qu'il s'organise pour se répartir les pouvoirs.
Au fond, au moment où M. Nicolas Sarkozy vient de donner aux partis un rôle majeur dans le choix du Premier Ministre, on peut se demander si Mme Martine Aubry n'a pas franchi une étape supplémentaire, en demandant aux Français d'élire un Parti pour gouverner cinq ans la France.
Si la nouvelle se confirme, on évoquera inévitablement un triumvirat, sans oublier que le dernier a fini par faire émerger le Premier Consul.
Ultime paradoxe du PS que ce clin d'œil à l'Histoire ?
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