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Médiation familiale et Justice
Cela commence par un père fâché avec ses deux fils de 20 et 24 ans. Il avait attaqué devant la Justice leur mère pour pouvoir leur verser directement leur pension alimentaire. Il prétendait qu'elle gardait une partie de l'argent pour elle.
Deux heures de tête-à-tête en présence des médiateurs. Le fils ne comprend pas que son père ait pu prétendre dans ses conclusions devant le juge qu'il mettait toujours la même paire de chaussures — ce qui était vrai —, mais que c'eût pu être utilisé comme un argument à charge contre sa mère. À vingt ans, il pouvait bien porter les chaussures qu'il voulait !
C'est vrai reconnaît le père, l'argument était mauvais !
Non seulement l'argument était mauvais, mais il a failli fâcher définitivement le père et ses fils pour une paire de chaussures.
Au bout de deux heures, le litige est réglé, la réconciliation bien entamée.
Cela continue par une femme qui s'est fait voler ses bijoux, emprunter de l'argent jamais remboursé, par un mari qui a vécu 6 ans à ses crochets. Une belle histoire d'amour qui finit en calvaire. Déjà 18 mois de procédure, et la perspective d'un divorce conflictuel, suivi de longues procédures civiles pour récupérer ses biens. Six ou dix ans pour terminer, six ou dix ans de contrariétés et de frais.
Deux séances en présence des médiateurs et la perspective d'un divorce amiable, concrétisé quelques semaines plus tard.
On pourrait continuer.
La médiation est-elle magique ?
Non, au contraire de la Justice, la médiation n'est seulement pas sacrée.
Aller en justice, c'est demander à la Société de reconnaître que l'on a raison. Au-delà de la solution au conflit, le justiciable cherche une consécration. Pour cela, il faut nécessairement que l'autre ait tort, et tout est bon pour le prouver.
Dans un divorce conflictuel, le moment le plus difficile est de lire les conclusions de la partie adverse — parce que l'on est nécessairement adversaires. L'ardente obligation d'avoir raison en droit amène à des abus insensés.
Si l'on ne veut pas concéder la résidence alternée, il faut prouver que l'autre est un mauvais parent, ce que l'on n'avait jamais imaginé avant. La logique du droit, logique de la preuve implacable, entraîne le flot des témoignages de complaisance.
La machine infernale est lancée.
Au contraire, la médiation, c'est la recherche de la solution consensuelle. Personne n'a raison, ni tort, pas de gagnant ni de perdant. Une solution, qui est la bonne solution, parce qu'elle convient aux deux.
Une solution produite par les deux. Une mère qui loue à ses frais une chambre à Grenoble pour que le père de ses enfants, qui habite Paris, puisse les voir à sa guise. Un calendrier de résidence alternée qui panache des périodes de 12 jours avec des périodes de 9 jours. Des solutions inimaginables par d'autres, que les parents ensemble.
Et le médiateur.
Le médiateur, il modère, il apaise, il reformule, il suggère.
Une tension permanente vers la solution consensuelle.
Une ligne bleue à l'horizon, l'accord qui viendra parachever le conflit.
Louée par certains, décriée par d'autres, la médiation familiale progresse parce que ses résultats incontestables sont là. Même si le succès n'est pas certain, le taux de réussite dépasse les 50 %. Et les 50 % de gagnés ce sont de longs mois de familles déchirées, d'enfants otages de batailles rangées.
Alors, derrière la médiation familiale, la médiation devrait s'emparer de la justice civile. La justice prud'homale, le partage des biens, pour ne citer qu'eux sont autant de domaines où la médiation apporterait les mêmes bénéfices que dans la médiation familiale.
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